À propos des placements alternatifs et des fonds de placement privés

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Comme nos clients se posent bien des questions quant à l’attrait de bon nombre de placements alternatifs et de fonds de placement privés, nous avons décidé d’aborder le sujet. L’argumentaire de vente derrière ce genre de produits s’articule d’ordinaire autour de la volatilité apparemment plus faible qu’ils présentent tout en offrant des perspectives de rendement similaires ou des flux de revenus plus élevés et stables que ce que proposent les instruments à revenu fixe traditionnels. Ces arguments sont-ils fondés ou, à l’inverse, les vendeurs omettent-ils délibérément de mentionner certains des risques moins apparents, mais inhérents à ces genres de placements?

  • Liquidité : lorsque quelqu’un investit dans des actions ou des obligations, ces instruments sont négociés tous les jours sur des marchés reconnus ou par l’intermédiaire de pupitres de négociation de maisons de courtage. Leur valeur marchande est donc apparente, visible, alors que dans bien des cas, les placements privés ou fonds alternatifs investissent dans des actifs qui ne se négocient sur aucun marché. Ces instruments sont donc évalués à l’aide de modèles mathématiques permettant aux gestionnaires de fonds d’établir une valeur marchande théorique. Or, malheureusement, ces modèles tendent à être erronés dans un contexte inhabituel. Il en résulte une illusion de liquidité dans un contexte normal, jusqu’à ce que la conjoncture soit soumise à certaines pressions, pressions qui font disparaître cette liquidité. Les investisseurs ne sont alors plus en mesure de vendre ou de se faire racheter leur placement. La crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA) est un exemple éloquent de ce manque de liquidité, qui a fini par coûter des milliards de dollars à la Caisse de dépôt lorsque ses placements ont été évalués à la valeur du marché en 2007. Pire encore, certains spéculateurs pourraient tout simplement faire une offre à rabais pour les actifs de fonds, sachant fort bien que les gestionnaires devront vendre pour respecter les demandes de remboursements, demandes qui, dans les faits, garantissent une perte permanente pour les fonds.
  • Volatilité : lorsque les cours varient, les théoriciens qualifient ces variations de volatilité. Malheureusement, ils estiment aussi que la volatilité est une mesure du risque. Puisqu’en général, les actifs de fonds de placement privés ou alternatifs ne sont négociés sur aucune bourse, il n’y a aucune transparence dans les cours. Il est ainsi facile de présenter des cours constants d’une semaine à l’autre pour un actif sans marché transparent, du moins jusqu’à ce que l’on souhaite vendre. Absence de variation signifie absence de volatilité, c’est-à-dire, implicitement, aucun risque… mais est-ce le cas? À titre d’exemple, on peut penser à certains fonds immobiliers. Les immeubles sont évalués annuellement. Toutefois, un certain laps de temps peut parfois s’écouler avant la vente d’un immeuble, et le prix pourrait se révéler tout autre que sa valeur réelle, surtout lorsque les fonds sont forcés de vendre.
  • Priorité dans la structure du capital : de nombreux investisseurs sont intéressés par les revenus plus élevés que proposent certains fonds de placement alternatifs, dont la popularité ne cesse de croître en raison de l’actuel contexte de très faibles taux d’intérêt. Nous tenons tout simplement à mettre les investisseurs en garde, leur rappelant que dans le domaine financier, il convient de porter attention à la structure du capital des entreprises, particulièrement lorsque la situation tourne au vinaigre : en cas de liquidation, les obligations et débentures ont priorité de rang sur les actions privilégiées, et les actions privilégiées ont priorité sur les actions ordinaires. De nombreux placements non traditionnels s’assimilent davantage à des actions qu’à des instruments à revenu fixe. Le fait qu’un placement rapporte 5 % ne fait pas de lui un instrument à revenu fixe. Songez aux fiducies de placement immobilier (FPI) et aux fiducies de revenu, par exemple. Elles se composent en réalité d’actions et, dans bien des cas, le rendement affiché inclut une partie de votre capital. Si les choses tournent mal, elles prendront un rang inférieur à celui des obligations et des créanciers en ce qui concerne le droit aux actifs de la société.

Nous pensons que les fonds de placement privés et alternatifs sont principalement conçus pour les investisseurs institutionnels et les caisses de retraite disposant d’un très long horizon de placement. Qui plus est, ces investisseurs disposent de ressources analytiques beaucoup plus vastes leur permettant de bien évaluer le pour et le contre de ce genre de placements dans le contexte de leur stratégie. Pour l’investisseur moyen, les risques n’en valent pas la chandelle.

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Alors que le 30e anniversaire de la pire chute en une seule journée de l’histoire des marchés boursiers vient de passer (qui ne se rappelle pas du 19 octobre 1987?), nombreux seront les oiseaux de malheur prédisant la probabilité d’un autre krach, citant diverses raisons comme la surévaluation, la durée du marché haussier actuel, les inégalités sociales, le surendettement des consommateurs et ainsi de suite. Pour remettre le tout en contexte, une chute de la même ampleur signifierait que l’indice Dow Jones reculerait de plus de 5 100 points en une seule journée (ce qui n’est plus vraisemblable en raison de la mise en place de mécanismes « pare-feu »). Ne vous étonnez donc pas si certains se servent du prétexte de ce 30e anniversaire du krach de 1987 pour en prédire un autre.

Or, tout n’est pas noir…

  • Même si nous traversons la deuxième période haussière la plus longue de l’histoire, les valorisations des marchés semblent toujours relativement raisonnables compte tenu du niveau des taux d’intérêt;
  • Les chercheurs sont incapables de trouver une corrélation entre la durée d’un marché haussier ou les valorisations élevées et la probabilité d’un krach;
  • L’économie semble se comporter relativement bien dans l’ensemble à l’échelle mondiale;
  • Malgré un resserrement de la politique monétaire pratiquée par la Fed aux États-Unis, les banques centrales du monde préconisent toujours des politiques plutôt expansionnistes, faisant toujours tourner la planche à billets…

En revanche, il y a de quoi s’inquiéter…

  • Les krachs sont inévitables, au fil du temps. Ils se produisent lorsque de nombreux investisseurs institutionnels décident à peu près simultanément de délaisser les actions. À en juger par les nombreux krachs éclair survenus dans différents segments des marchés financiers, il serait illusoire de croire que les organismes de réglementation et les bourses peuvent mettre en place des systèmes susceptibles de les prévenir;
  • En raison de la popularité toujours croissante des stratégies de négociation informatisées, de l’indexage et des fonds négociés en bourse (FNB), la fréquence de ces krachs éclair risque d’augmenter à l’avenir. En fait, il existe plus de FNB que d’entreprises inscrites en bourse en ce moment. Jumelée à un manque de liquidité, la mentalité du troupeau rend les marchés plus vulnérables aux crises;
  • Les taux d’intérêt ont commencé à augmenter, même s’ils partent de niveaux très faibles. Si les taux connaissent une hausse importante, les valorisations ne sembleront plus si raisonnables à un certain moment. Prenons l’exemple bien simple suivant. Une obligation du Trésor de 10 ans se négociant à un rendement de 2 % reflète essentiellement un ratio de 50 fois les bénéfices (100 divisé par 2), en termes de ratio cours/bénéfice. Une valorisation de 22 fois les bénéfices pour le S&P500 est donc raisonnable. Mais si les taux grimpent à 5 %, cela reflétera un ratio C/B de 20. Le niveau actuel de l’indice ne sera alors plus aussi attrayant…

Mais il y a toujours de l’espoir…

  • Chez Claret, nous avons toujours cru que pour investir dans des actions, il fallait penser à long terme : ainsi, notre philosophie s’articule autour du choix d’entreprises qui sont rentables, qui sont bien gérées et dont le prix est raisonnable. Une fois trouvés, nous conservons ces placements indéfiniment. Par conséquent, lorsque survient un krach – qu’il soit éclair ou profond – nous percevons la situation non pas comme un désastre, mais plutôt comme une occasion idéale d’investir dans d’excellentes entreprises à un prix d’aubaine;
  • Nous pensons aussi que les nouvelles technologies, malgré certaines perturbations inévitables à court terme, permettent à l’économie de gagner en efficacité et aux gens de devenir plus productifs. Les marchés ne peuvent qu’aller de l’avant pour tenir compte de ces progrès économiques.

 

L’Équipe Claret