Acheteurs, prenez garde!

Commentaires

À la lecture du tableau ci-dessous, on remarque que le marché boursier canadien a fait cavalier seul en livrant aux investisseurs un gain significatif. Les autres principaux marchés n’ont guère été lucratifs.

C’est la forte pondération de l’indice torontois en matières premières, dont les prix sont en hausse, qui explique cette divergence favorable. Le Nasdaq, qui est fortement lié au secteur technologique, poursuit sa déflation après une pause haussière de deux ans. Comme nous l’avions écrit auparavant, une bulle de cette magnitude peut prendre beaucoup de temps à se dégonfler complètement et ces baisses sont généralement entremêlées de reprises contra-cycliques impressionnantes comme celle qui a eu lieu d’octobre 2002 à décembre 2004. Cette montée pourrait bien poursuivre sa lancée en 2005. Qui sait? Nous voulons seulement vous glisser quelques mots à ce sujet : acheteurs, prenez garde!

Le tableau suivant dresse la performance relative à la fluctuation des prix des principaux indices pour le premier trimestre de 2005.

  1er trimestre
  Monnaie locale Dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) + 3.96 % + 3.96 %
S&P 500 (U.S.) - 2.59 % - 1.90 %
Nasdaq (U.S.) - 8.10 % - 7.45 %
Europe (Euro) + 4.30 % + 0.47 %
Nikkei (Japon) + 1.57 % - 2.04 %

Les économies canadiennes et américaines semblent sur la bonne voie pour nous offrir une autre année où la croissance est dépourvue des effets néfastes d’une inflation hors de contrôle. Entre-temps, les chocs causés par des hausses combinées des prix de l’énergie et des taux d’intérêts pronostiquent un ralentissement, voire pire une récession, quelque part en 2006, si ce n’est pas avant.

Le dollar canadien a reculé depuis le début de l’année. Le comportement de nos politiciens, aux allures des pires romans savons, n’aide pas. On dit que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument. Conséquemment, que devrions nous espérer d’un gouvernement au pouvoir pendant 15 ans sans le soupçon d’une opposition? Il est difficile de trouver telle situation où un gouvernement canadien serait plus près du pouvoir absolu que l’a été celui de Jean Chrétien. Pour être juste et équitable, nos expectatives auraient été les mêmes venant d’un gouvernement conservateur ou néo-démocrate dans de pareilles circonstances. Heureusement, ce sont la productivité et l’abondance des ressources naturelles qui, entre autres, déterminent la valeur d’une devise à long terme. À cet égard, nous sommes très choyés au Canada. En somme, tant et aussi longtemps que les politiques économiques seront basées sur des principes de libre marché, nous ne serons pas baissiers quant à l’évaluation de notre dollar.

Notre opinion sur la tendance à long terme du dollar américain est différente. L’environnement à court terme, qui se caractérise par une hausse des taux d’intérêts de notre côté de l’Atlantique et une stabilité des taux du côté européen, permet au dollar de s’apprécier, surtout depuis le début de 2005. Cependant il faudra un miracle pour empêcher le poids des 37 trillions de dollars de dettes d’amoindrir la valeur du dollar US. Dans un cas pareil, y-a-t-il une meilleure stratégie que la dévaluation de sa monnaie? Les Américains se trouvent ainsi à repayer leur dette avec de l’argent qui vaut moins cher, rendant ainsi le service de cette dernière moins onéreuse en terme réel.


Les différents scandales corporatifs et leur impact sur l’économie sont en plein coeur des sujets bouillants sur lesquels les investisseurs portent leur attention. Ces derniers sont tous stupéfaits des abus de pouvoir exercés par nos chefs d’entreprises dont la cupidité dépasse toutes bornes et craignent la perte de confiance qui peut en résulter. Par ailleurs, les mauvaises nouvelles se succèdent sans essoufflement. Les déboires d’Enron ont ouvert le bal, WorldCom a suivi pour le deuxième acte, puis on a vu le drame d’Adelphia et de Nortel. On retrouve maintenant au programme les malversations des compagnies d’assurance.

Au cours des dernières semaines, Bernie Ebbers, le destitué président de WorldCom a été reconnu coupable de fraude. La SEC, l’équivalent américain de notre Autorité des marchés financiers, a engagé une poursuite civile contre l’ancien chef de la société Qwest Communications, Joseph Nacchio. On a ensuite serré la vis chez AIG et on a montré au vétéran chef de l’exploitation Hank Greenberg le chemin de la porte. Pour ce qui est de Time Warner, ils ont consenti à verser une somme de 300 millions de dollars pour affaire d’irrégularités comptables. Ne vous faites cependant pas de soucis pour les puissants dirigeants d’entreprise; le qualificatif d’éléphantesque s’applique toujours à leur chèque de paye.

En dépit de leur magnitude, ces transgressions n’ont que très peu de répercussions sur l’économie. La réalité est que les dirigeants fautifs ne font que miner leur propre entreprise. Leurs gestes disgracieux ne peuvent empêcher un compétiteur à prendre du gallon ou l’accès au marché des capitaux à une société plus efficiente. En tout et partout, ils sont bien moins nuisibles qu’une bureaucratie gouvernementale bien ancrée (comme celles en France et en Allemagne) ou bien qu’un système politique bâti d’un seul parti (comme c’est le cas au Japon).

Une des grandes vertus du système économique américain est sa capacité de régler les problèmes lorsqu’ils se dressent. Égaler cette capacité d’adaptation se veut un défi très difficile à surmonter pour les autres pays, et ce spécialement pour ceux dont un petit groupe d’élites contrôle les industries. Ce modèle américain, où s’alterne pécher et se repentir, bien que loin d’être pur de vertu, permet de remettre les pendules à l’heure après les périodes de scandales. Le Japon nous offre l’exemple parfait du contraire. Le système politique y est dominé par un seul parti qui est lui-même supporté par les banquiers. Cette situation empêche l’industrie, qui a besoin d’un grand ménage, de se réformer et d’apporter les correctifs nécessaires. La défaillance du système bancaire japonais est une des principales causes de la faible croissance économique et de la déflation qui ronge son économie. Le système bancaire américain a vécu une situation semblable lors de la crise de l’épargne et des prêts (savings and loans crisis) des années 80. La Federal Reserve Bank a agressivement restructuré le système bancaire en élaguant les banques les plus faibles au profit des survivantes qui ont ensuite consolidé le marché. Maintenant, le système bancaire est un des plus puissants sur la scène mondiale. En conclusion, le système américain n’est peut-être pas à l’abri de contrecoups mais il semble bien fonctionner.


Nous avons lu récemment un article qui reflète bien les malaises économiques d’Europe. Nous avons décidé de vous en faire part.

« La réinsertion sociale des détenus par le travail en France est menacée par la concurrence des pays émergents à faible coût de production, selon Le Monde.

Au lieu de confier des contrats à des prisonniers, plusieurs entreprises françaises préfèrent maintenant délocaliser leur production en Europe de l’Est ou en Asie. De 2001 à 2005, le taux d’activité des détenus français est passé de 47.6% à 35.2%. »

Semble-t-il que le gouvernement français paie ses prisonniers plus cher que demande un ouvrier polonais sur le marché du travail. Il ne reste qu’aux ouvriers polonais de se rendre en France pour y commettre un crime dans le but de faire de la prison qui leur procurera une augmentation salariale. Si ce n’était pas si triste, on pourrait en rire un peu.

L’Équipe Claret