C’est maintenant officiel, c’est un marché baissier

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C’est maintenant officiel, la correction boursière qui perdure depuis les huit derniers mois a été reclassée comme marché baissier. Cela s’applique à presque toutes les places financières de la planète. Pour être qualifiée de marché baissier, mieux connu sous le terme anglophone « bear market », la correction doit être supérieure à 20% depuis le plus récent sommet boursier.

La turbulence dans les marchés du crédit perdure sans s’essouffler alors que les banques partout sur la planète ferment les valves du crédit. Même le chaud marché canadien, qui semble au sommet de toutes les modes avec son énorme concentration en ressources naturelles (chiffré à plus de 60%), a chuté de plus de 10% depuis le haut atteint début juin.

Le tableau ci-joint dresse en sommaire les performances des principaux indices boursiers pour le deuxième trimestre et la première moitié de 2008.

  2ième trimestre Six premiers mois
  Monnaie locale Dollars canadiens Monnaie locale Dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) + 8.37 % + 8.37 % + 4.58 % + 4.81 %
S&P 500 (U.S.) - 3.23 % - 3.59 % - 12.83 % - 10.81 %
Nasdaq (U.S.) + 0.61 % + 0.24 % - 13.55 % - 11.54 %
Europe (Euro) - 5.06 % - 5.61 % - 19.92 % - 11.52 %
Nikkei (Japon) + 7.63 % + 0.65 % - 11.93 % - 5.22 %

L’or à 900$US, le huard et l’Euro ont été relativement stables tout au cours du trimestre.

Alors que nous sommes en pleine période de marasme économique et boursier et que le prix du pétrole est horriblement élevé, on ne peut pas trouver de meilleur moment pour adresser certaines nouvelles qui vous sont impossibles à manquer étant donné l’angle obsessif des médias. Nous espérons sincèrement rediriger vos perspectives et vos intérêts sur ce qui importe à long terme en commentant les élections, les marchés et, plus précisément, vos portefeuilles.

Les élections présidentielles américaines et leur impact sur les marchés :

La plupart des investisseurs sont d’avis qu’un gain démocrate à la présidence américaine est de mauvais augure pour les marchés financiers. Les fondements de cette théorie sont fort probablement tirés de stéréotypes stipulant que les démocrates ont une tendance socialiste avec de lourds programmes sociaux nécessitant un accroissement important de l’assiette fiscale alors que les républicains sont des gestionnaires responsables pro affaires. L’histoire prouve cependant autrement. Depuis 1928, lors des changements de président favorables aux démocrates, le S&P 500 a offert un rendement moyen de 5.8% pendant l’année de l’élection et de 20.7% l’année suivante soit à l’année inaugurale du mandat. Dans le cas contraire, c’est-à-dire dans le cas d’un changement à la Maison Blanche au profit des républicains, les rendements se sont inversés. L’année électorale offre en moyenne un rendement de 13.2% pour le S&P 500 et un rendement négatif de 6.6% pour l’année suivante. Dans les deux scénarios, les actions ont tendance à bien se porter.

Ce qu’il faut retenir de cette analyse, c’est que les actions tendent à mieux performer dans l’année de l’élection (comme cette année) lorsque les républicains reprennent la Maison Blanche et lors de l’année inaugurale du mandat lorsque le président démocrate enlève la présidence aux républicains. La meilleure explication de cette charade réside dans une vérité de la science politique: le mensonge des politiciens. Démocrates comme républicains, aucun ne tient ses promesses électorales. Par conséquent, lors d’une reprise démocrate, craignant un regain du socialisme et des hausses fiscales, les gens d’affaires tendent à limiter leurs investissements lors de l’année de l’élection pour parer à ces éventualités. Les rendements ont donc tendance à être mitigés. Une fois le mandat démocrate bien enclenché, on se rend bien compte que l’environnement n’est pas aussi mauvais qu’estimé et on fait du rattrapage côté achats et investissements, ce qui dope les rendements lors de l’année inaugurale. À l’inverse, déçus par la conjoncture économique, les gestionnaires qui anticipaient une saine gestion sous les nouveaux républicains sont vite remis à l’ordre et les positions prises par ces derniers doivent être renversées, d’où les rendements décevants lors de la première année.

En tout et partout, l’histoire nous démontre que les changements à la Maison Blanche n’ont peu ou pas d’effet sur les rendements à long terme des marchés boursiers.

Le système bancaire, la rémunération des banquiers et des gestionnaires de fonds de couverture « hedge funds ».

Depuis le début de la débâcle des hypothèques à risque qui a généré d’imposantes radiations d’actifs et pertes financières, les gouvernements et les banquiers centraux de la planète planchent à établir de nouvelles normes, réglementations et réformes pour dompter l’industrie bancaire. Nous croyons cependant que les racines du problème résident dans la structure de la rémunération de l’industrie des banques d’affaires. Voici nos explications :

Les rendements d’un employé et sa compensation sont drôlement reliés. En d’autres mots, une rémunération « A » va encourager un résultat « A » et une compensation « B » va plutôt générer un résultat « B ». Les vendeurs à commission ont tendance à travailler plus fort que ceux qui sont à salaire fixe puisqu’ils désirent améliorer leur chèque de paie. Une brève analyse de la rémunération des banquiers nous permet de réaliser rapidement qu’un rendement médiocre n’a presque aucune répercussion sur leur compensation alors qu’une forte surperformance est outrageusement monnayée, par des bonus pouvant aller dans les centaines de millions de dollars. Ce système a donc pour effet d’encourager les banquiers à devenir de véritables mercenaires et de vouloir faire sortir la balle du stade à chaque fois qu’ils s’élancent. Pourquoi feraient-ils autrement? Ils n’ont absolument rien à perdre mais tout à gagner. Les banquiers abusent donc du capital des actionnaires un peu comme le font les gestionnaires de fonds de couverture puisque leur compensation est similaire et encourage ce type de comportement. La différence majeure entre les deux parties se situe au niveau de la divulgation des décisions et des stratégies d’affaires. En effet, les gestionnaires de « hedge funds » doivent absolument divulguer et expliquer les stratégies et les risques inhérents aux placements par prospectus alors que les banquiers ont la voix libre. Tant que le conseil d’administration, qui se doit de représenter les actionnaires et promouvoir une saine gouvernance, implémente, inconsciemment ou non des systèmes de rémunération qui encourage d’importantes prises de risques avec peu ou pas de répercussion, aucune réglementation ne réussira à régler les problèmes des banques d’investissement. La réglementation ne peut pas faire disparaître la cupidité et la nature humaine. Chassez le naturel et il reviendra au galop !

La volatilité des marchés et ses effets sur l’investisseur et sur nous :

Le mois de juin a été rien de moins que brutal pour tous les investisseurs. Que vous soyez branchés sur Internet à suivre votre portefeuille ou que vous soyez anxieux d’attendre votre état de compte par la poste, la plupart d’entre vous allez vous poser la même question : que doit-on faire dans de telles périodes ?

La réponse est : probablement rien.

Une analogie avec le golf vous aidera à comprendre notre pensée. (Nos excuses pour ceux qui ne pratiquent pas ce sport.) C’est bien connu de tous les golfeurs qu’une ronde parfaite tient de la fiction. Les coups manqués font partie intégrale du jeu, même pour les pros. Phil Mickelson en a manqué au US Open, Jean Van De Velde au British Open et les autres champions se ramassent dans de fâcheuses positions à chaque semaine. Après un mauvais coup, alors que la balle se trouve difficilement jouable, derrière un arbre, rien ne sert de s’efforcer avec un coup impossible pour tenter de rattraper le terrain perdu puisqu’on risque de s’embourber encore plus! La meilleure décision est de rester discipliné, de prendre sa pilule, perdre un coup, revenir dans l’allée et une fois bien repositionné, revenir à notre jeu. A la fin de la partie, ce mauvais coup sera dilué dans un bon score.

Ce n’est pas si différent en investissement. La volatilité fait partie intégrale du jeu. Vous ne pouvez pas y échapper si vous voulez obtenir les bons rendements à long terme. Essayer de réagir aux mouvements à court terme du marché et essayer de frapper un coup de golf impossible se ressemble beaucoup. Cela risque de faire plus de tort que de bien. Comme au golf, il s’agit de résister à la tentation de forcer le jeu et de rester discipliné. Une stratégie de placement qui tient bien compte de vos buts et objectifs a de fortes chances de générer d’excellents résultats à long terme. Cette mauvaise période, qu’elle dure un mois ou un an, n’importe pas à long terme.

Les marchés baissiers, les corrections et les reprises :

Beaucoup sombrent dans des questionnements existentiels à connaître la durée et la profondeur de la récession, l’état du marché boursier, la durée de la correction et, de plus, on veut essayer de synchroniser la reprise, si reprise il y a! Certains vont jusqu’à comparer la récente chute à un début de marché baissier à la japonaise des années 90 qui pourrait s’étendre au delà de la décennie. Nous, chez Claret, sommes beaucoup plus optimistes et nous sommes très confiants que l’avenir est toujours devant nous. Ce ne sera donc pas l’apocalypse tant prêchée … Premièrement, le Japon a été ravagé par un marché baissier long de 10 ans parce que le gouvernement japonais refusait de permettre au système bancaire de se restructurer et de radier les mauvais prêts pour ne pas faire sortir les erreurs commises au grand jour. Par conséquent, le pays a été ravagé par une crise de liquidité longue de 10 ans, ce qui a asséché l’économie japonaise. À contrario, l’industrie bancaire a déjà fait un bon bout de chemin à compléter sa restructuration en laissant entrer de l’argent neuf de plusieurs sources. Selon nous, il s’agit de faillites déguisées: un changement de la garde massif au niveau de la direction, une nouvelle liste d’actionnaires ainsi que du nouveau capital et d’énormes radiations d’actifs. Est-ce que cela ne ressemble pas à une faillite? Air Canada a traversé la même charade et ses avions n’ont pas cessé de voler et de transporter des passagers.

Le point important à se rappeler est que, dans un système capitaliste, le système bancaire n’est qu’un pipeline d’argent. Un conduit qui permet de diriger l’argent des épargnants vers les emprunteurs. Dans une crise financière, alors que les banques radient les actifs qui ont perdu de la valeur, ils ne font que reconnaître les pertes pour les imputer aux vieux actionnaires. Le capital des banques diminue, le prix des actions chute et les actionnaires perdent de l’argent. Si la banque nécessite du nouveau capital pour fonctionner efficacement, deux options s’offrent à elle: elle peut fusionner avec une banque plus forte ou solliciter de nouveaux actionnaires pour émettre de nouvelles actions et ainsi aller chercher de l’argent neuf. Entre-temps, le conduit continue à opérer, bien qu’avec un comportement plus prudent qu’avant et, avec un peu de temps, le système finit par guérir entièrement. Voilà comment toutes les crises se sont résolues depuis la dépression de 1929.

Les corrections et les marchés baissiers sont une partie intégrale de l’équation des marchés financiers. Les marchés boursiers sont le reflet des économies et ces dernières sont parfois ponctuées de ralentissements et de récessions.

À moins de posséder une boule de cristal pour trouver ex ante les sommets et les creux pour entrer et sortir du marché à temps opportun, c’est une bonne idée de conserver une stratégie qui a fait ses preuves et de l’appliquer mathématiquement et d’ignorer le « bruit » du court terme. C’est malheureusement bien facile à dire mais très difficile à appliquer avec discipline et objectivité. Ceux d’entre vous qui sont d’avides lecteurs de nos commentaires trimestriels se rappelleront nos propos sur la finance comportementale. Nous avions expliqué les nombreux biais psychologiques de l’investisseur. Devant l’incertitude, l’émotion prend souvent le dessus sur la calculette et les décisions sont négativement influencées. C’est la raison principale qui nous motive à suivre une approche quantitative basée sur les principes fondamentaux de l’investissement. Cela nous permet de garder les yeux sur l’horizon pour ne pas avoir la nausée lorsque la tempête brasse le bateau …

Bon été.

L’équipe Claret.