Donald Trump, le président, ne m’offusque pas. Donald Trump, le golfeur, si

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Pour tous les golfeurs passionnés, voici un article (traduit) du Globe and Mail qui met en lumière la grande intégrité du sport et son intolérance envers les tricheurs. Bonne lecture!

Auteur : Rick Reilly (5 avril 2019)

Arnold Palmer n’a jamais conclu une affaire avec quelqu’un sans avoir d’abord joué 18 trous de golf avec lui. « Il faut compter quatre heures, m’a-t-il expliqué un jour, alors tôt ou tard, vous découvrirez qui il est. »

Alors, que peut jouer une partie de golf avec Donald Trump nous apprendre sur lui?

Assez pour désintégrer votre fer droit.

Vous apprendrez trois choses : 1) Donald Trump joue toujours très vite; 2) Vous vous amuserez beaucoup; 3) Donald Trump va gagner.

Il trichera pour gagner. M. Trump pousse sa balle du pied hors de l’herbe longue si souvent que les cadets du club Winged Foot de New York le surnomment désormais « Pelé ». Il est facile pour M. Trump de tricher parce que, jusqu’à présent, comme président, il n’a joué que sur ses parcours privés, avec ses propres cadets, et pas une seule fois avec un membre démocrate du Congrès. Il ne fera pas de coup roulé à moins de six pieds. Vous, si. Il prend des « mulligans », un « privilège présidentiel », affirme-t-il. Vous, non. Ses cadets lancent ses balles hors de l’herbe longue et les sortent subrepticement des étangs pour les poser discrètement sur l’allée pour lui. Le vôtre, non.

Voilà un homme qui conserve dans sa voiturette de golf une bombe de peinture rouge à son club de golf de Bedminster. « S’il se trouve derrière un arbre qu’il n’aime pas, il y peint un grand X », m’a confié un cadet. « Le lendemain? Abracadabra, l’arbre aura disparu! »

Il pliera la vérité comme une paille torsadée pour gagner. Brad Faxon, ancien joueur vedette de la PGA, se souvient d’avoir joué avec Tiger Woods et Dustin Johnson au club Trump International à West Palm Beach, en Floride. Deux balles de M. Trump se sont retrouvées à l’eau. Pourtant, arrivé sur le vert, M. Trump a annoncé qu’il s’apprêtait à faire un oiselet net. Dans des cas comme ça, vous dites « mais bien sûr »… sinon, vous vous faites auditer jusqu’à la fin de vos jours.

Il mentira pour gagner. Durant la campagne de 2016, M. Trump s’est vanté à plusieurs reprises des « 18 championnats » qu’il a remportés, preuve que l’on devait voter pour lui, un champion. « Vous savez, j’ai remporté 18 championnats de club », a-t-il dit une demi-douzaine de fois pendant les arrêts de campagne. « Je suis un gagnant. » Sauf qu’il y a un hic. En effet, il y a des années, il m’a expliqué comment il réussissait à remporter ces championnats. C’est simple. Chaque fois qu’il inaugure un nouveau terrain de golf - il en possède ou en exploite maintenant 19 – il joue le premier tour seul, et déclare que c’est le premier championnat de club. Et voilà, le tour est joué! Vite, donnez-moi mon trophée!

M. Trump peut transformer n’importe quelle situation de golf en une victoire. Alors qu’il se tenait dans le portique de son club de Turnberry, en Écosse, cet été, un militant de Greenpeace en parapente s’est approché de lui avec une bannière qui disait : « Trump : Bien en dessous de la normale. » Les services secrets ont pressé le président à entrer. Tim Size, de Saint-Louis, se trouvait tout près et a entendu ce qui suit...

M. Trump : « Que disait la bannière? »

Melania Trump : « Bien en dessous de la normale. »

M. Trump : « Magnifique! Je veux être en dessous de la normale! »

(Les manifestants de Greenpeace ne jouent pas beaucoup au golf…)

Ne vous méprenez pas. Comme magnat qui possède ou exploite 19 terrains de golf dans le monde, il connaît le golf. Il n’est pas nécessairement un mauvais joueur. S’il jouait honnêtement, il pourrait peut-être même gagner sa juste part de parties. Son mouvement de hanches est bien, et il frappe fort avec les bois, mais ses coups d’approche sont nuls. Il frappera même un coup d’approche depuis le vert pour éviter une fosse. Si jamais sa balle se retrouve dans une fosse, nombreux sont ceux qui l’on vu tout simplement la lancer hors de la fosse pour s’éviter d’avoir à s’en tirer.

Mais lorsqu’il s’agit de golf, M. Trump fait très peu de choses honnêtement. Prenez, par exemple, son handicap. Comme pour tout ce qui a trait aux chiffres dans sa vie (taille des foules, hauteur de ses bâtiments, valeur nette), le handicap de M. Trump profite de ce que j’appelle l’effet Trump. Par exemple, son handicap est de 2.8 (vous pouvez le constater en consultant GHIN.com), mais tous les partenaires professionnels à qui j’ai parlé me disent qu’il n’est vraiment pas aussi bon que ça. « Je dirais que c’est un 10 », dit Brad Faxon. Le handicap le plus bas qu’un pro lui a donné était un 8. Alors, comment fait-il pour arriver à 2.8? En n’inscrivant que ses meilleurs pointages. Au cours des huit dernières années, M. Trump n’a inscrit que 20 résultats. Vingt pointages en huit ans… venant d’un type qui a joué au bas mot 66 fois l’année dernière seulement.

Prenez, par exemple, le classement de ses terrains de golf. On a déjà invité M. Trump à classer les 10 meilleurs parcours de golf aux États-Unis. Cinq des dix qu’il a nommés lui appartenaient. Or, le Golf Digest a maintenant publié le classement des parcours de golf de cette année… Pas un seul des terrains de M. Trump ne figure parmi les 150 meilleurs.

Prenez, par exemple, la valeur de ses parcours. Il a estimé à 50 millions de dollars US chaque parcours qui lui appartenait – un mensonge si enflé qu’on aurait pu le prendre pour un des ballons du défilé de Macy’s. Pourtant, si c’était vrai, pourquoi ses avocats contestent-ils en ce moment la valeur de son parcours de Westchester auprès de l’administration fiscale d’Ossining, dans l’État de New York, qui l’a évalué à 11 millions de dollars US? Les avocats de M. Trump affirment qu’il ne vaut que 1,8 million de dollars US. Faites le calcul vous-même – nous avons affaire à un mensonge de 48,2 millions de dollars US.

Mais qu’est-ce tout cela a à voir avec M. Trump comme président, me demandez-vous? Eh, bien tout. Tout.

Comme le disait M. Palmer, si un homme triche sur le parcours, qui dit qu’il ne trichera pas ailleurs, trompant sa femme, fraudant le fisc, mentant pour remporter une élection? Si un président est prêt à mentir au golf, pourquoi ne mentirait-il pas à propos de ses avocats, de ses politiques, de ses tractations avec la Russie?

Parfois, quand M. Trump triche pour gagner au golf, c’est si farfelu que tout ce qu’on peut faire, c’est en rire. Le commentateur sportif de NBC Mike Tirico a déjà perdu contre M. Trump lorsque ce dernier a « discrètement » envoyé la balle de M. Tirico – qui se trouvait tout près du drapeau – dans une fosse. Et qu’a fait M. Tirico? Il a souri et payé. Hors de ses clubs privés, toutefois, les gens s’élèveront contre les mensonges, les murs, les enfants que l’on met en cage à la frontière. M. Trump ne peut pas gagner en politique mondiale comme il gagne au golf pour une bonne raison : il n’est pas propriétaire du terrain.

Je sais, je sais. Je ne suis qu’un journaliste sportif. Parle de ce que tu connais, parle de sports, qu’on me dit. Mais voilà, c’est exactement ce que je fais. Le golf est un jeu qui me tient particulièrement à cœur. Toute ma famille joue au golf. Nous organisons chaque année un tournoi familial – le Reilly Roundup - et nous portons tous une chemise de golf jaune, comme celle que portait mon père lorsque nous l’avons porté en terre.  Au golf, nous nous imposons nos propres pénalités. Au golf, nous dévoilons notre score, qu’il soit faible ou élevé. Au golf, nous avalerions notre cocheur avant de nous vanter de tournois que nous n’avons jamais gagnés.

Je ne suis peut-être pas offusqué par M. Trump en tant qu’électeur. Mais je le suis assurément en tant que golfeur. Le golf est un jeu d’honneur. Personne ne devrait traiter le jeu de cette façon, pas même le président des États-Unis.

N’y a-t-il personne qui puisse le convaincre de reprendre le tennis?