Évaluation boursière dans la moyenne historique

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Évaluation boursière dans la moyenne historique

Les marchés boursiers ont gardé le pas après l’excellente lancée de l’année 2013. Les indices ont amorcé le premier trimestre de l’année avec une hausse de 5% (en $ Can). Puisqu’on oublie vite, il faut se rappeler que mars 2014 marque le cinquième anniversaire du bas qu’ont établi les marchés lors de la crise financière en février 2009.

Lors de cette période de 5 ans, les américains ont été gouvernés par un congrès non fonctionnel. La puissance économique mondiale a aussi souffert d’un accablant taux de chômage et elle a vu son déficit budgétaire exploser. Cela a créé une dette fédérale abyssale et, par le fait même, une décote du trésor américain. Qu’à cela ne tienne, les perspectives n’étaient guère mieux outre-mer : l’union européenne a failli se dissoudre (à cause de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, etc.) tandis que les marchés boursiers chinois et émergents ont semblé souffrir d’un krach au ralenti, sans mentionner de bien pires nouvelles qui nous échappent! Comme si ces événements n’étaient pas suffisamment terrifiants, la soif d’attention des médias traditionnels et la popularité grandissante des médias sociaux, ont contribué à les amplifier et leur donner encore plus de vigueur. On doit aussi y ajouter l’effet des charlatans, qui prédisent des bulles et des krachs à tout bout de champ. Certains d’entre eux vont même s’acheter de la publicité, fignolée de façon à nous faire croire qu’il s’agit d’opinions d’experts, alors que ce n’est que de vulgaires divinations. Comme on peut le voir, il n’a vraiment pas été facile de demeurer investi dans le marché au cours des cinq dernières années. Votre habilité à ignorer le chant des sirènes et à maintenir le cap se doit d’être félicitée. Nous vous remercions grandement pour votre confiance et votre courage.

L’allocation d’actifs est un des plus importants facteurs qui contribue au succès de l’investissement à long terme. Les données prises lors de longues périodes démontrent clairement que les actions ordinaires, bien que plus volatiles, ont offert la meilleure performance. Bien évidemment, si on était capable d’éviter les mauvaises années, les rendements seraient considérablement meilleurs que la stratégie «d’acheter et de conserver» longtemps. Pourtant, on retrouve encore trop d’investisseurs qui essaient de synchroniser le marché. Ils se fient sur l’opinion de plusieurs soit disant experts qui vendent des prévisions en dépit du fait qu’étude après étude on conclut que l’exercice est inutile voir néfaste pour le portefeuille de la plupart.

Ce qui nous étonne le plus, c’est qu’en dépit de toute l’évidence qui démontre clairement que les actions ordinaires surperforment la plupart des autres classes d’actifs et de toutes ces études qui mettent en doute la valeur ajoutée que peut apporter la synchronisation des marchés, il existe encore une véritable obsession pour les prévisions de marchés. Ce qui est encore plus absurde, c’est la popularité que connaissent les chaînes spécialisées en finance comme CNBC aux États-Unis et le statut d’idole qu’on réserve aux Jim Cramer de ce monde (leur commentateur financier vedette) et à ses collègues. C’est assez pour s’interroger sur la santé mentale des investisseurs.

Voici les faits : depuis 1926, le S&P 500 a connu 24 années négatives. En d’autres mots, l’indice américain est baissier 27% des années. La prochaine fois qu’on vous demandera vos pronostics sur les marchés, vous n’aurez qu’à répondre haussier. De cette façon, vous aurez raison 73% des fois.

Après une hausse de 125% depuis le creux, nous reconnaissons que les actions en général ne sont plus exceptionnellement bon marché. Cependant, la plupart des paramètres d’évaluation des titres établissent ces derniers à une valeur conforme aux moyennes historiques. Se situer dans les moyennes historiques n’est pas une raison suffisante pour changer son fusil d’épaule, craindre une baisse significative des marchés et prendre action pour s’en protéger. Notre message demeure le même : il faut continuer à être sélectif et prudent. Ceci dit, il vaut mieux ignorer les prévisions et les prédictions pour se concentrer davantage sur la valeur fondamentale des titres. Comme le disait Ben Graham, le père de l’analyse fondamentale et le mentor de Warren Buffet : «Investment is most intelligent when it is most businesslike».

Voici notre avis…

Nous concentrons nos efforts à identifier de bonnes compagnies qui se transigent à prix avantageux. Lorsqu’on compare les marchés d’aujourd’hui, bien qu’il soit plus difficile de trouver des aubaines criantes par rapport à ce qu’on pouvait trouver lors des dernières années, il n’y a pas de surévaluation importante généralisée au sein de notre univers de titres. Les investisseurs doivent se rappeler que, si la tempête se levait comme elle le fait périodiquement, les bonnes compagnies devraient survivre.

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La plupart d’entre vous se rappelleront de la bulle internet et de son éclatement à la fin des années 90 et au début des années 2000. Fait intéressant à noter : le premier appel public à l’épargne de Twitter qui a inscrit ses actions à 26$ par action, cette compagnie commande une capitalisation boursière de 18 milliards de dollars. Rappelons-nous que la compagnie ne génère que 665 millions de revenus tout en affichant une perte de 645 millions de dollars. Si, comme nous, vous croyez que cette évaluation est indécente, il faut se pincer pour en croire la frénésie qui a propulsé la valeur de ces dernières jusqu’à un haut de 73$. La folie se dissipe un peu puisque l’action a quitté la stratosphère et se transige maintenant 42$ par action.

Voici un tableau qui illustre l’extraordinaire spéculation que connaissent les compagnies de hautes technologies ces jours-ci :

De façon simpliste, le ratio cours/bénéfice (c/b) indique le nombre d’années qui seraient nécessaires pour recouvrir notre investissement initial si les profits devaient rester stagnants et si on fait fi de la valeur de revente. Lorsque les investisseurs ont de grandes aspirations quant à la croissance des bénéfices d’une compagnie, ils sont prêts à lui octroyer un multiple plus élevé. À contrario, si on croit que la compagnie affichera une décroissance des bénéfices futurs, le multiple se contracte et les prix s’effondrent. Même raisonnement pour le ratio cours/vente.

  Capitalisation
boursière
Ratio
cours/bénéfice
Ratio
cours/vente
(milliards de dollars US)
(# d’actions * prix)
(prix divisé par les bénéfices) (prix divisé par les ventes)
Média sociaux  
Twitter 39 (perte) 38X
Netflix 27 186X 6X
Facebook 174 116X 21X
LinkedIn 24 887X 15X
Yelp 7 (perte) 27X
Yandex 12 33X 11X
Tencent Holdings 159 59X 16X
OAutres Tech/Web  
Groupon 6 (perte) 2X
Service Now 10 (perte) 22X
Salesforce.com 38 (perte) 9X
Netsuite 9 (perte) 21X

Comment tout cela va se terminer? Probablement très mal. Quand? Aucune idée.

L’équipe Claret