La pire performance depuis le quatrième trimestre de 1987

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Le marché baissier poursuit ses ravages et déçoit les investisseurs. D’ailleurs il faut remonter jusqu’au quatrième trimestre de 1987 pour trouver pire performance.

La table ci-dessous dresse en sommaire la performance des indices pour le troisième trimestre de l’année.

Indices En monnaie locale En dollars canadiens
  3e trimestre 3e trimestre
TSX (CAN) -13.51% -13.51%
S&P 500 (U.S.) -17.63% -13.86%
Nasdaq (U.S.) -19.90% -16.23%
Europe (Euro) -23.17% -20.04%
Nikkei (Japon) -11.66% -9.39%

L’économie sous-jacente au marché boursier montre quelques signes d’essoufflement mais ce n’est rien d’alarmant. Les taux d’intérêts restent stables et devraient perdurer à leurs même niveaux. Ce n’est que si les dépenses des consommateurs faiblissent que nous y verrons du changement.

Lors du troisième trimestre, le dollar canadien a cédé plus de la moitié des gains enregistrés au deuxième trimestre. De son côté, l’Euro stagne à la parité. Nonobstant notre avis qu’il n’est pas sage de parier contre le dollar américain, nous n’avons rien à ajouter qui soit matériel.

Le prix du baril de pétrole s’est hissé jusqu’au niveau des 30 US$ à la fin du trimestre mais s’est depuis contracté autour des 27 US$ au moment où nous rédigeons ce commentaire. Tricheries et duperies sont encore à la carte au sein des membres de l’OPEP… Peut-être devrions-nous reformuler et affirmer que les tricheries sont redevenues la norme de conduite au sein du cartel. Sans faire de bruit, l’Arabie Saoudite augmente subtilement mais constamment sa production. Cependant, alors que cette dernière accroît sa capacité de production, elle a de la difficulté à vendre son produit puisque les autres pays membres de l’OPEP trichent encore plus ouvertement inondant ainsi le marché du pétrole.


La première question qui nous vient à l’esprit à la suite d’un si mauvais trimestre est la suivante : Comment le marché réagit-il après de tels évènements? Des recherches statistiques indiquent que le marché a tendance à sur-performer fortement à la suite de contre-performances. En fait depuis la Deuxième Guerre Mondiale, à la suite d’une débandade de 15%, le marché n’a jamais failli à la tâche de rebondir et terminer plus haut, que ce soit un, deux, trois, quatre ou huit trimestres après la baisse. On peut donc conclure que, si nous n’entrons pas dans une période de déflation soutenue, le marché pourrait être près d’un bas cyclique précédant ainsi une reprise.

Nous sommes loin de prétendre que nous savons ce que l’avenir nous réserve en terme de performance de marché. Cependant, nous aimerions souligner quelques observations que nous avons collecté au cours des derniers trimestres et qui sont d’intérêt pour les investisseurs.

  1. Nous croyons qu’après toutes les hostilités qui ont ébranlé la relation entre les actionnaires et les dirigeants des entreprises publiques, les acteurs des marchés boursiers ont incorporé aux évaluations boursières la majorité des mauvaises nouvelles. On peut faire un parallèle avec la contraction boursière de 1903, mieux connu sous le nom de la panique des fortunés “the Rich Man’s Panic”, et les réactions envenimées à l’égard du manque d’éthique du patronat. Au début du siècle, Ted Roosevelt sermonnait l’intégrité en affaires. Aujourd’hui encore, ironiquement, nos politiciens réprimandent les gens d’affaires d’avoir manqué d’éthique!

  2. Bien que les profits semblent encore chuter, le fait que les revenus d’opérations soient à la hausse échappe aux analystes. Le ratio des marges d’opérations se veut le témoin de base en analyse d’efficacité d’une entreprise. Mis à part les charges extraordinaires, nous commençons à voir une croissance des profits. Les profits indiquent une saine gestion dans le passé et les marges d’opérations engendrent une profitabilité future.

  3. Les initiés ont changé leur fusil d’épaule : ils ont repris confiance en leur titre. En effet, on remarquait plus tôt cette année que pour chaque action achetée, on en retrouvait quatre vendues. La vapeur s’est inversée en juillet où, pour chaque action vendue par les initiés, il y en avait deux d’achetées.

  4. Il est bien connu que les petits investisseurs tendent à quitter le marché alors que ce dernier est en période creuse. Nous jugeons, suite à la horde de demandes de remboursement reçues par les fonds mutuels, que les petits investisseurs se sont massés pour sortir du marché en juillet, août et septembre derniers. Ils se sont débarrassés de leurs parts.

  5. La « troisième année » d’un terme présidentiel américain n’est presque jamais baissière. La dernière occurrence de ce rare événement fut en 1939 alors que l’indice du Standard & Poors 500 s’effritait de 0.4%. La médiane des « troisième année » est de 22.8%.

  6. Il nous a été dit que les profits sont à la baisse aux États-Unis, qu’ils sont en phase descendante depuis déjà quelques années et que la tendance devrait se poursuivre dans le futur. Cependant, lorsqu’on analyse les profits en pourcentage du PIB (produit intérieur brut) depuis 1946, nous notons la forte nature cyclique de ce ratio : variation allant de 13% dans les années 50 à 6% dans les années 80. Ils s’affichent présentement à 7.6% et se dirigent vers leur moyenne de 9%. Ces données défendent fortement notre idée que l’économie se comporte normalement selon sa nature cyclique.

  7. Au cours des derniers mois, les compagnies ont été critiquées dû au fait qu’elles ont joué avec la comptabilité des fonds de pensions dans le but de normaliser les profits afin de rencontrer les prévisions des analystes. Beaucoup d’entreprises ont averti, lors des dernières semaines, qu’elles sont contraintes de prendre des charges afin de combler le manque dans les fonds de pensions sous-capitalisés. Ces annonces auront comme effet de contracter les profits et, par le fait même, le prix des actions. Du moins c’est ce qu’on nous dit. Nous approuvons entièrement le fait que les entreprises doivent réduire leurs prévisions actuarielles. Cependant nous sommes d’avis que les répercussions de ces charges seront minimales sur le prix des actions. Les prophètes de malheur aimeraient bien nous endoctriner l’idée que les sommes détournées des états financiers seront simplement perdues. Ce n’est pas vrai. En fait ces investissements dans les fonds de pensions, de par leur nature même et leur réglementation, feront leur chemin jusqu’au marché des obligations et des actions.

Est-ce que l’avenir nous réserve de fortes hausses similaires à celles des années 90? Les probabilités sont minces. Au risque de se répéter, nous anticipons plutôt pour les années à venir un marché ayant comme caractéristiques de grandes amplitudes en attendant que l’économie se remette tranquillement des excès de la bulle de 1998-2000. En tant que gestionnaires de portefeuille, il s’agit du meilleur scénario de marché que nous pouvons espérer. Cet environnement favorisera l’analyse fondamentale. La stratégie d’indexation des portefeuilles sera beaucoup moins performante qu’au cours des deux dernières décennies. En effet, nous n’aurons plus les 20 années de baisse de taux d’intérêts qui ont propulsé l’évaluation des compagnies à la hausse. Dans les années à venir, nous avançons que les marges d’opérations et le contrôle des coûts seront à surveiller. Nous les surveillons de proche.

L’équipe Claret.