La psychologie de la gestion de portefeuille

Lettres Trimestrielle

Dans tout ce rigoureux processus de bâtir et réaliser votre bien-être financier à long terme, atteindre un taux de rendement raisonnable est le facteur principal qui contribue à votre succès.

Par contre, le manque de compréhension de la psychologie est l’un des plus grands obstacles à l’atteinte de ses objectifs financiers. Dans cette lettre, nous aimerions vous démontrer l’importance que la psychologie a dans le domaine de l’investissement et qu’elle ne doit surtout pas être sous-estimée. Bien que nous l’ayons souligné à plusieurs reprises, nous croyons fortement qu’après un cycle boursier haussier de 7 ans, il est bien de le répéter.

Il est connu que les investisseurs tendent à porter une attention excessive à ce qu’ils lisent ou entendent dans les médias. De plus, leurs réactions diffèrent considérablement entre un marché en hausse et un marché en baisse. Voici quelques exemples que vous avez certainement pu remarquer :

  1. Les actions grimpent lentement lorsqu’on publie de bonnes nouvelles et déboulent abruptement lorsqu’elles réagissent à de mauvaises nouvelles.
  2. Lorsque les marchés boursiers montent, le volume des transactions se consolide lentement. Au contraire, lorsque les marchés baissent, le volume déferle à torrent sur les places boursières.
  3. En phases haussières, les actions avancent par petits pas alors qu’à la baisse, elles reculent par de grandes enjambées.

Ces réactions de nature psychologique aux mouvements boursiers sont tout à fait humaines et normales. Elles sont générées par l’avidité et la peur. Cette dernière engendre des réactions de panique. Les médias comprennent très bien ce phénomène et surtout que les mauvaises nouvelles augmentent les ventes, les clics, les visionnements de vidéos, etc. Puisque les médias compétitionnent entre eux pour attirer notre attention, ils ont développé de telles habiletés qu’ils sont passés maîtres dans l’art de manipuler la foule. Malheureusement, ils peuvent facilement faire souffler un vent de panique dans un groupe de personnes.

Voici quelques points que nous avons observés après plus de trente années à gérer l’argent de nos clients.

  1. Le nombre d’appels que l’on reçoit grimpe exponentiellement lorsqu’un de nos 50-70 titres subit un violent choc (à la hausse ou à la baisse) ou lorsque la volatilité des marchés est à la hausse.
  2. Nos clients ne nous confient que très peu de nouveaux fonds à gérer lorsque les marchés sont à la baisse. À contrario, lorsque les marchés sont à la hausse, on sollicite beaucoup plus notre service avec de nouveaux fonds. Plus les marchés montent et plus on nous envoie de nouvelles sommes.
  3. Nous conservons parfois des liquidités par mesure de prudence mais, s’il est perçu que nous en gardons trop ou trop longtemps, les clients deviennent mécontents. D’ailleurs, plus les marchés sont à la hausse, plus les signes d’irritation se manifestent avec évidence. Les investisseurs ont la mauvaise impression que les liquidités sont des sommes non investies qui ne servent à rien. Par conséquent, ils croient qu’ils ne nous paient pas pour gérer des liquidités.
  4. L’attention portée aux portefeuilles est intensément accrue lorsque les marchés corrigent. De plus, la performance est mesurée en dollars perdus depuis le point le plus élevé.

Pourtant, les meilleures pratiques à être adoptées en planification et en gestion de portefeuille nous dictent un comportement qui est exactement à l’inverse :

  1. Il ne faut pas porter une attention particulière sur un seul titre mais bien sur l’ensemble du portefeuille et sur l’intégration de tous les titres ensemble. La diversification, détenir 50 à 70 titres, est non seulement prudente mais essentielle à une saine gestion de portefeuille.
  2. Il faut ajouter des sommes en portefeuille sur une base régulière nonobstant les aléas des marchés. Les nouvelles sommes permettront d’acheter plus de titres lorsque les marchés sont bas et moins lorsqu’ils sont élevés.
  3. Les liquidités forment une classe d’actifs qui s’avère fort précieuse lorsque les marchés sont en baisse. Puisque les bonnes opportunités se présentent précisément lorsque les marchés sont en chute, nous sommes donc payés pour gérer les liquidités.
  4. La performance devrait toujours être mesurée sur un intervalle long, préférablement sur les 3 à 5 dernières années et aussi depuis l’ouverture du compte.

Mais pourquoi est-il si difficile de se conformer aux bonnes pratiques de gestion de portefeuille, telles que décrites ci-dessus? La principale raison est que ces comportements irrationnels sont imprimés dans notre ADN. Ils sont, tout compte fait, entraînés par les émotions humaines de peur et d’avidité. Des études ont démontré que, dans certains cas extrêmes, les êtres humains ont beaucoup de difficulté à garder leur calme et rester rationnels. Ils sont donc incapables d’assigner une probabilité raisonnable qu’un évènement se produise. L’exemple le plus évident est le billet de loterie. Lorsque l’on prend en considération les possibilités de gains qui sont ridiculement faibles et les taux de paiements que Loto-Québec retourne aux acheteurs, il est difficile de comprendre comment ils réussissent à vendre des billets. On comprend, par contre, comment ils font pour remplir les coffres des gouvernements. C’est la seule occasion de voir des contribuables s’aligner en file aux kiosques de loteries et attendre patiemment pour payer de l’impôt volontairement… Malheureusement, l’investissement est précisément basé sur les probabilités de retour et sur les ratios de distributions.

Même en pleine connaissance de nos lacunes psychologiques, nous avons beaucoup de difficulté, en tant qu’investisseur, à nous en détacher de façon à empêcher qu’elles nous affectent. La seule solution concrète et pratique, pour vaincre nos démons, consiste à définir un ensemble de règles à l’avance et de les appliquer strictement lorsque les circonstances le justifient. Et, bien évidemment, il faut à tout prix éviter l’envie de supplanter ces règles, qui servent à bloquer nos réactions émotives et irrationnelles, par de nouvelles règles qui pourraient sembler s’appliquer sur le coup du moment. Ceci requiert un fort niveau de discipline et de foi dans le système capitaliste. Bien que tous semblent pouvoir se discipliner lorsque les marchés sont en hausse, on réalise la lourdeur de la tâche et la difficulté à s’y conformer lorsque les marchés sont en chute. Il s’agit d’y penser : si les gestionnaires de portefeuille étaient tous rationnels, les marchés ne seraient pas si volatiles par moments de stress. Voilà une preuve du niveau de difficulté en cause.

La vraie valeur d’un conseiller en placement :

Peu importe la stratégie qu’utilise un gestionnaire de placement pour obtenir des rendements supérieurs à la moyenne, il y aura des périodes de sous-performance. Ces périodes de sous-performance, importantes et longues par moments, sont causées par l’extravagance des participants des marchés boursiers et leurs réactions irrationnelles. Il existe d’ailleurs un dicton bien connu en finance et qui met en garde les investisseurs: « Le marché peut demeurer irrationnel, beaucoup plus longtemps qu’on peut rester solvable. » Bien que cet avertissement soit dirigé aux spéculateurs, il est également très adapté à quiconque participe aux marchés financiers.

Nous vous invitons à vous diriger sur le site de l’American Association of Individual Investors, l’AAII. Des centaines de stratégies y sont présentées avec des performances historiques remarquables. Pourtant, même en ayant accès à cette mine d’information, très peu d’investisseurs réussissent à obtenir ces résultats puisqu’ils sont la proie des lacunes que l’on vient de décrire ci-haut.

En plus d’avoir un coffre à outils rempli de bonnes pratiques et de bons processus de gestion de fonds et d’être en mesure de bien comprendre la psychologie financière, un bon conseiller en placement doit posséder les caractéristiques suivantes:

  • L’empathie. La faculté d’écouter et de percevoir ce que les autres ressentent de sorte à agir (plus souvent que l’on pourrait croire) comme pare-choc à la frustration lorsque les clients ont besoin de l’exprimer. La capacité de partager ou de prendre la responsabilité pour enlever la charge émotionnelle et permettre aux clients de se concentrer sur les faits importants.
  • Conviction. L’état d’esprit de quelqu’un qui croit avec certitude à ce qu’il fait de sorte à être capable d’influencer et réorienter les clients vers l’objectif à long terme, l’empêcher de paniquer et de prendre de mauvaises décisions lors des périodes d’extrême volatilité.

En bref, la valeur d’un bon conseiller en placement réside dans sa capacité d’offrir une solution non émotionnelle qui permet de contrer les réactions émotionnelles des investisseurs qui font face à la réalité parfois irrationnelle des marchés financiers.

L’équipe Claret