Le bonus de fin d’année devient enfin une réalité!

Lettres Trimestrielle

Deux trimestres de rendements positifs et les investisseurs s’excitent déjà! Même son de cloche du côté des courtiers et des banques d’investissement alors qu’ils bénéficient de hausses substantielles de leurs revenus de commission et de frais d’émissions. Après trois années de vache maigre, le bonus de fin d’année devient enfin une réalité.

La table ci-dessous dresse en sommaire la performance des indices pour le 3ième trimestre et les neuf premiers mois de l’année 2003.

  3ième trimestre Neuf mois
  Monnaie locale Dollars canadiens Monnaie locale Dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) + 6.27% + 6.27% + 12.19% + 12.19%
S&P 500 (U.S.) + 2.20% + 2.61% + 13.20% - 2.62%
Nasdaq (U.S.) + 10.11% + 10.56% + 33.8% + 15.10%
Europe (Euro) + 2.08% + 3.78% + 3.35% - 1.23%
Nikkei (Japon) + 12.51% + 21.37% + 19.12% + 9.17%

Selon les derniers rapports provenant des États-Unis, l’économie américaine s’est même remise à créer des emplois. Les taux d’intérêts à court terme vont rester bas tant et aussi longtemps que la Fed maintiendra sa politique accommodante. La Banque du Canada devra cependant s’ajuster à la nouvelle réalité du Huard qui, après avoir été dévalué pendant plus d’une décennie, remonte considérablement.

Même si le dollar canadien et l’Euro n’ont pas fluctué beaucoup d’un trimestre à l’autre, le chemin a été cahoteux et nous avons connu beaucoup de volatilité. Quant au dollar américain, il continue de baisser par rapport à la plupart des devises du G7 et ce, depuis le début de 2002. Nous croyons que la faiblesse de la devise américaine se poursuivra pour un certain temps. Pour ce qui est du dollar canadien, étonnamment (ou pas), les seuls à avoir une opinion négative sont les Canadiens. Il y a tellement de raisons d’être baissier sur le Canada : le SRAS, la maladie de la vache folle, la trop grande force du dollar, les surplus d’inventaires, etc. Malgré ces chocs, le dollar canadien poursuit sa lancée, et ce à la surprise de plusieurs économistes. Nous, au contraire, continuons à être haussier sur le Canada et sa devise. Au fur et à mesure que la reprise mondiale s’enracine (spécialement l’économie chinoise), nous assisterons à une demande croissante de nos ressources naturelles en passant par le pétrole, le gaz naturel, les métaux et les produits forestiers. Lorsque les investisseurs se rendront compte de la quantité des richesses naturelles du Canada, le Huard continuera sur sa lancée. Et qui sait? La parité avec le dollar américain n’est pas impossible. Est-ce que certains d’entre vous se rappellent que dans un passé pas très distant (en 1974), le dollar canadien était plus fort que sa contrepartie américaine?

Le prix du baril de pétrole n’a pas changé beaucoup pendant le trimestre. En fait, il était sur une tendance baissière jusqu’à ce que l’OPEP annonce une coupure surprise de la production à la fin juin. Les prix ont alors bondi de 27$US jusqu’au niveau des 30.36$US. En se basant sur la quantité impressionnante de pétroliers réservés pour septembre et octobre, l’Irak semble augmenter considérablement ses exportations via le port d’Al-Bakr. La production russe augmente aussi constamment en concert avec celle des autres pays non-membre de l’OPEP. Nous croyons ainsi qu’il n’y aura pas de pénurie de pétrole pour les mois à venir.


Après deux trimestres consécutifs de rendements positifs et un impressionnant rallie du NASDAQ, plusieurs questions ont été posées à savoir si nous vivions la renaissance du marché haussier orchestré par les titres technologiques de croissance. Nous avons lu certains faits historiques très intéressants qui touchent le secteur technologique et nous désirons les partager avec vous. Nous espérons que ces commentaires vous éclaireront sur les perspectives et les complexités des marchés et de l’irrationnel du cerveau humain :

Value Line Investment Survey est une firme de recherche indépendante qui domine son marché depuis 40 ans à Wall Street. Les activités de l’entreprise couvrent principalement les compagnies bien établies qui se transigent sur les bourses de New-York et du NASDAQ. Il y a 20 ans, en 1983, la section de technologie de Value Line faisait la mise à jour de 33 compagnies sous la bannière « Computer and Peripheral Industry ». En remontant dans le temps, on se rappelle des: Amdahl, Apple Computer, Applied Magnetics, Barry Wright Corp., Burroughs, Centronics Data Computer Corp., Commodore Intl, Computer and Communications Technologies, Computervision, Control Data, Cray Research, Data General, Datapoint, Dataproducts Corp., Data Terminal Systems, Digital Equipment, Electronics Associates, Electronic Memories and Magnetics, Gerber Scientific, Honeywell, Intergragh Corp., IBM, Management Assistance, Mohawk Data Sciences, NCR, Paradyne Corp., Prime Computer, SCI Systems, Sperry Corp., Storage Technology, Tandem Computers, Telex et Wang Labs.

Certains d’entre vous reconnaîtront quelques noms. Mais aujourd’hui, tous sauf quelques exceptions font partie de l’histoire ancienne. Quelques compagnies ont complètement changé de plan d’affaires, d’autres se sont glissées sous la loi de la protection de la faillite afin d’en émerger une toute autre compagnie. Tout compte fait, si vous aviez investi dans ces titres il y a 20 ans et aviez conservé vos actions, vous seriez très pauvre aujourd’hui.

La réalité est qu’investir dans le secteur des technologies, bien qu’il existe une récompense potentielle très grande, demeure extraordinairement risqué. Contrairement aux valeurs sures « Blue Chips » que sont les Coca Cola, Procter and Gamble, Gillette, Du Pont, dont les parts de marchés sont extrêmement bien défendues et dont les produits ne sont que rarement dépassés, le terme « Blue Chip » dans le secteur des technologies est faussement utilisé. En fait, on ne devrait même pas penser à l’utiliser. Voici, à titre d’exemple, la montée et descente de trois groupes de compagnies qu’on a daigné qualifier du titre de « Blue Chips » lors de leur Eldorado : les manufacturiers d’ordinateurs centraux des années 60 (IBM, Sperry, Burroughs, Honeywell), les manufacturiers de mini-ordinateurs des années 70 (Prime, Wang, Digital Equipment, Data General) et les compagnies de micro-ordinateurs des années 80 (Compaq, Tandy, Commodore, ATS Research et Osborne).

Après avoir pillé des milliards de dollars en vendant des ordinateurs aux corporations américaines, les manufacturiers d’ordinateurs centraux ont vu le prix de leurs actions s’enflammer, ce qui leur a permis d’accéder au titre de « Blue Chips » des années 60. Sans crier gare, un autre groupe de compagnies leur a coupé l’herbe sous le pied.

Dans les années 70, nous avons vu les manufacturiers de mini-ordinateurs tasser l’ordinateur central au profit d’une nouvelle ère informatique fort moins coûteuse. Cette révolution a valu à l’industrie du mini-ordinateur une explosion de leur vente et de la valeur de leurs actions en bourse poussant ainsi l’ordinateur central aux oubliettes. L’action de Burroughs a plongé de 80% entre 1973 et 1982, celle de NCR a fondu de 82% lors du marché baissier de 73-74, Control Data a perdu 94% de sa valeur avant de se transformer en une entreprise de location et de service; et la liste continue.

Ensuite vinrent les années 80 avec un nouveau groupe d’entreprises dévorant le marché qui appartenait aux mini-ordinateurs. Les manufacturiers de micro-ordinateurs, grâce à une technologie moins coûteuse, rendent celle des mini-ordinateurs dépassée. Prime, Wang et Data General sont ravagées. En effet, l’industrie fut finalement extincte avec la vente de Digital Equipment à Compaq en 1998 pour un tiers de la valeur de son apogée 11 ans auparavant.

Pendant les années 80, les manufacturiers de PC ont dominé la scène. Compaq s’est même vu attribuée le record de l’entreprise qui a touché le chiffre d’affaire de 1 milliard de dollars en le moins de temps. Compaq était la coqueluche des manufacturiers de PC jusqu’à ce que Dell Computer se pointe avec un modèle plus efficace, lui permettant de fabriquer des PC à moindre coût. Dell a ainsi, à son tour, poussé presque tous les manufacturiers à la banqueroute, et ce, incluant le favori Compaq qui a dû se vendre à Hewlett Packard il y a un peu plus d’un an se contentant d’un prix équivalent à 20% de sa valeur au sommet.

Contrairement à ce que l’on peut croire, historiquement, les investisseurs n’ont pas payé de prime pour détenir des titres de croissance dans le secteur des technologies. Abstraction faite de quelques brèves périodes (fin des années 60, milieu des années 80, fin des années 90), les investisseurs ont pénalisé les titres de technologie à cause des risques inhérents à leurs produits éphémères. Vous vous demandez sûrement pourquoi les investisseurs paient actuellement:

50 fois les bénéfices et 7 fois les ventes pour Intel
35 fois les bénéfices pour Dell
120 fois les bénéfices pour Applied Materials
100 fois les bénéfices pour Ebay
130 fois les bénéfices pour Yahoo
100 fois les bénéfices pour Amazon.Com.

Sincèrement, nous avons beaucoup de difficulté à répondre à cette question mais nous savons cependant que:

  • Le marché peut demeurer irrationnel beaucoup plus longtemps qu’un investisseur peut rester solvable.
  • Après avoir essuyé de lourdes pertes, nombreux sont les investisseurs qui vont parier plus fort afin de rattraper le terrain perdu.

Finalement, nous pouvons toujours choisir de ne pas participer aux secteurs dont le sens des données fondamentales semble nous échapper. Ainsi soit-il!

L’Équipe Claret.