Le marché haussier cyclique semble faire trêve

Lettres Trimestrielle

Le marché haussier cyclique – auquel nous faisons référence depuis déjà plus d’un an – semble faire trêve se butant à l’incertitude qu’amènent le déficit américain, le niveau de la dette des États-Unis, la situation irakienne qui est médiatisée à tort comme une reprise du Viet-Nam, etc.

Si vous êtes un lecteur avide de nos commentaires trimestriels, vous reconnaîtrez sûrement cette citation à laquelle nous faisons souvent référence : « le marché escalade un mûr d’inquiétude» bien qu’il soit plus petit cette fois-ci.

La table ci-dessous dresse en sommaire la performance des indices pour le premier trimestre de l’année.

  1er trimestre
  En monnaie locale En dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) +4.44% + 4.44%
S&P 500 (U.S.) +1.29% + 2.33%
Nasdaq (U.S.) -0.46% + 0.49%
Europe (Euro) +3.08% + 0.49%
Nikkei (Japon) +9.73% + 13.96%

Le portrait économique s’améliore considérablement en 2004 créant, de ce fait, plus d’emplois que les attentes des économistes. Un large éventail d’indicateurs économiques présage une saine création d’emplois en dépit des perceptions malavisés au sujet de sous-contracter outremer. On veut bien nous faire penser que c’est la cause du faible marché de l’emploi. Malheureusement, le battage médiatique sur la sous-traitance vers d’autres pays déclenche une réaction que nous qualifions de protectionniste. En réalité, c’est la non-disposition des administrateurs à l’embauche hâtive en début de cycle qui est la principale cause de la faiblesse de l’emploi. Ce n’est que lorsque le sentiment des administrateurs sera plus robuste quant à la solidité de la reprise économique que les coupures budgétaires feront place aux projets d’embauche et d’expansion. Néanmoins l’embauche devrait s’accélérer au fur et à mesure que la profitabilité s’améliore.

Au cours du premier trimestre, le dollar US a repris un peu du terrain qu’il a perdu à l’Euro et au huard. Cependant, même si une période d’accalmie est la bienvenue, la tendance baissière de la devise américaine demeure intacte jusqu’à présent. Nous demeurons haussier pour le cours du dollar canadien à long terme. La raison principale qui gouverne notre pensée est la demande qu’exerce la forte croissance des pays asiatiques sur nos ressources. Nous sommes donc de l’avis qu’au cours de la prochaine décennie, étant un pays producteur de ressources naturelles, le besoin de ces pays pour nos richesses naturelles aura un effet tonique sur la valeur de notre devise. Pour l’Euro, nous ne nous rangeons pas du côté des optimistes. C’est très difficile pour nous d’imaginer l’harmonie politique et économique nécessaire au sein d’un si grand nombre de nations et de cultures afin de promouvoir la santé de l’Euro. Venant du Québec, nous nous permettons de dire que nous parlons d’expérience.

Nous avons été témoin d’une hausse constante du prix du pétrole alors que le marché escompte les inquiétudes qui émergent de la situation en Irak et de la possibilité d’un coup au Nigéria. Les trente dernières années ont été la scène de mouvements violents à la hausse comme à la baisse sur le cours du pétrole. Nous sommes d’avis qu’il n’existe pas de méthode infaillible pour prédire le cours de l’or noir avec précision. Cependant, la demande provenant de l’Asie - on compte en Chine et en Inde une population combinée qui excède les 3 milliards d’individus – s’amplifie rapidement. Étant donné l’équilibre fragile entre l’offre et la demande, le temps et le capital nécessaire pour acheminer un projet d’exploitation à la production et les risques géopolitiques, nous pouvons nous attendre à une volatilité accrue et une tendance à la hausse pour le cours du baril. Nous voudrions réitérer notre commentaire sur l’effet de la dévaluation du dollar américain qui donne l’impression que les prix sont plus hauts qu’ils ne le sont vraiment.


Nous voilà quelques 30 mois passés depuis l’effondrement de la plus grosse bulle spéculative de l’histoire de la finance connue. Les indices majeurs ont recouvré quelques 25% depuis leurs bas à l’exception du Nasdaq qui cible encore la stratosphère avec un retour catapulté de plus de 50%. Wow ! Que se passe-t-il ? Assistons-nous à la formation d’une autre bulle ?

Bien que nous n’adhérions pas à cette théorie, force est de constater la folie qui règne dans quelques secteurs spécifiques. Dans les marchés financiers, on peut trouver plusieurs périodes de démence temporaire alors que les investisseurs perdent conscience du risque alors qu’ils naviguent une vague d’euphorie à la recherche de rendements non-réalistes.

Afin de vous divertir un peu, nous avons pris le temps de choisir quelques exemples de ces élixirs de richesse que peuvent consommer des investisseurs dopés par l’euphorie. Lorsque les émotions aveuglent notre pensée, on peut même aller jusqu’à tomber en amour avec un « stock ».

Comme préambule, nous voudrions vous rafraîchir la mémoire au sujet de certains titres qui font abstraction à la loi de la gravité. La société America Online en 1999 avait une capitalisation boursière qui requérait 18 milliards d’abonnés à son service de connexion à Internet, soit environ 3 fois la population terrestre si on l’évaluait en se basant sur le revenu potentiel généré par abonné sur une base annuelle.

Revenons en 2004

  1. Après une montée explosive de 1000% entre les mois d’avril à décembre 2003, l’action de Taser International s’est mise à feu pour une autre hausse de 60% en deux séances de transactions déchaînées dans le mois de février à la suite d’une nouvelle anodine de la compagnie annonçant qu’elle allait fractionner son action en 2 ! La folle spirale engendrée par la foule est quelque fois si importante que dans ce cas ci, 10 millions d’actions ont été transigées. En d’autres mots, la compagnie a été vendue et rachetée 3 fois en 2 jours.

    Vous devez sûrement vous demander quel est le plan d’affaire derrière cette compagnie dont les actions menacent de quitter la face de la terre.

    La société Taser International développe, assemble et met en marché des armes qui immobilisent sans porter de coup fatal ! Les produits de l’entreprise sont destinés aux marchés des forces policières, des services de sécurité privés et de la sécurité personnelle. Les actions de l’entreprise montent sans cesse et se transigent au-dessus des 100$ se traduisant par une capitalisation boursière de plus d’un milliard de dollars. Entre-temps, on prévoit des ventes de 50 millions pour l’exercice de 2004 et des profits de 10 millions. Faisons maintenant quelques calculs : les propriétaires de ces titres veulent les céder à 20 fois les ventes et 100 fois les profits. Hum! Serait-ce la même chanson que celle de la société Amazon.com en 2000 ? Nous n’avons rien d’autre à ajouter au sujet de cette entreprise à part d’espérer fort que ces fusils fonctionnent. Autrement dit, espérons qu’ils ne tuent personne.

  2. Vous ne croirez peut-être pas cette histoire mais elle est tristement véridique. Il existe une société montréalaise nommée Mama.com (MAMA) qui se transige sur le Nasdaq. La société se considère comme la « mère des engins de recherche » et se bat pour une place parmi les Google, Yahoo et Microsoft. La société nous a habitué à un parcours sans faille, c’est-à-dire qu’elle a toujours été déficitaire … Au dernier trimestre, la société a brisé cette tendance et a réussi à afficher un gain de un cent par action (selon leurs principes comptables et non les nôtres). C’était assez pour allumer la mèche. Cette poussée vers la profitabilité était le catalyseur qu’attendait la foule pour s’entasser à garnir leur portefeuille de MAMA. La détonation a été si importante que MAMA a atteint un volume de transaction de 68.4 millions d’actions alors que le titre s’est enflammé de 4$ à 16$. Autrement dit, la compagnie a changé de mains 11 fois par jour, 2 jours de suite. La société n’a que 6.4 millions d’actions en circulation.

    Pour pousser l’insulte à l’injure, la folie ne s’est pas arrêtée là. Avide d’une autre opportunité ambitieuse, les investisseurs ont découvert un titre se transigeant sous la cote BABY. C’était assez pour penser que MAMA et BABY était reliés. La folie des investisseurs a poussé la valeur de BABY en hausse de 45% en moins d’une journée avec un volume de 10.9 millions d’actions. Un volume astronomique pour un titre qui a 700 000 actions en circulation et dont on avait échangé que 402 actions lors de la semaine précédant cet incident. Si vous voulez vraiment savoir, BABY n’est relié ni de près ni de loin à l’Internet. L’entreprise se nomme Natus Medical et il s’agit d’un manufacturier d’outils médicaux servant à la détection de problèmes médicaux chez les bébés.

    Dieu merci que ces inconscients n’aient pas trouvé un titre nommé PAPA, ils auraient pû nous chanter qu’ils ont transigé la famille à plusieurs reprises en quelques jours.

  3. Avez vous déjà eu vent de la radio par satellite ? Pensez-vous vraiment que des consommateurs seront prêts à payer 155$ par année (12.95$ par mois) pour le privilège de syntoniser quelques stations additionnelles sur leurs radios alors qu’ils se promènent sur l’autoroute ? Si on en juge par la valeur de quelques titres sur le marché, certains illuminés pensent que oui. Les titres de la compagnie XM Satellite Radio (XMSR), le chef de fil en matière de radiodiffusion par satellite, se négocient aux alentours des 28$. La compagnie se transigeait à 1.70$ à la fin de l’année 2002.

    On dit qu’une photo vaut mille mots. Nous vous laissons porter votre propre jugement à la lecture d’un extrait des résultats de cette bombe financière :

    En million de dollars US :

      1999 2000 2001 2002 2003
    Revenus 0 0 0.53 20.18 91.78
    Profits (Pertes) (36.90) (51.87) (284.38) (495.01) (584.53)

    Le marché évalue présentement XMSR à un multiple de 55 fois les ventes soit à 5 milliards de dollars. Les investisseurs intrépides peuvent aussi choisir d’acheter les titres de Sirius ( SIRI), le compétiteur de XM Satellite, qui est cependant un tantinet plus cher. Sirius se transige à 358 fois les ventes ce qui donne une capitalisation boursière inscrite à 4.6 milliards.

    Continuons sur notre lancée et prenons le temps de bien analyser comment les promoteurs de ce titre, nous les appèlerons des Houdini boursiers, font pour nous donner l’illusion d’un plan d’affaire qui mérite une si généreuse capitalisation boursière. Nous n’avons besoin ni de tableurs, ni de super ordinateurs; papier et crayon feront l’affaire. Et voici :

    • Avec une capitalisation boursière combinée de plus de dix milliards, ils auront besoin de 3 à 3.5 milliards de revenu annuel pour justifier le prix de leurs actions.
    • En facturant 155$ par année (12.95$ par mois), les compagnies devront convaincre 23 millions de personnes aux États-Unis de payer un produit traditionnellement gratuit pour le privilège de syntoniser quelques postes supplémentaires.
    • Évaluons maintenant la stratégie qu’ils ont adoptée pour ajouter à leur clientèle et essayer d’atteindre le nombre d’abonnés nécessaire pour devenir rentable. Au dernier trimestre, SIRI a dû débourser 522$ pour chaque nouvel abonné. En effet, pour réussir à convaincre la clientèle, la société doit subventionner les radios, les coûts d’installation et les frais de vente (commissions et bonis).

    Si vous nous demandez comment cette société va faire son compte, nous n’avons pas de réponse. Peut-être sommes-nous trop sceptiques, ignorants même… Mais nous avons beaucoup de difficulté à endosser ce concept. C’est un peu à l’image des épiceries Internet (avec un concept de livraison gratuite), ou encore à l’image de la société (Tirerack.com) qui utilisait son site Internet pour vendre des pneus qu’elle livrait (gratuitement bien entendu) à votre porte ou encore la Freeloto.com qui a eu la brillante idée de vous faire don de billets de loterie, en vous offrant ainsi la possibilité de gagner de l’argent comptant. Ici, c’est la société qui se fait jouer.

En somme, nous voulons vous rappeler que les aléas des marchés boursiers ne sont pas toujours rationnels. L’être humain est gouverné par des émotions qui, plus souvent qu’autrement, nous transportent dans des situations d’hallucinations collectives qui, bien que trépidantes, peuvent nous soulager de quelques dollars… Bref, voici les raisons qui nous poussent à conserver une approche disciplinée et quantitative dans l’exercice de nos fonctions. Pour les nostalgiques de l’émission Star Trek, nous devons suivre la doctrine logique de Monsieur Spock plutôt que l’instinct audacieux du Capitaine Kirk pour nous guider dans la gestion de portefeuille. Notre stratégie nous tiendra peut-être à l’écart de la découverte d’une technologie ou d’un médicament qui changera le monde mais nos oreillers semblent tellement plus douillets…

L’Équipe Claret

Question du trimestre :

Reconnaissez-vous le stock?