Le secteur des ressouces naturelles sur-perfome le secteur industriel

Lettres Trimestrielle

L’année 2004 pourrait être rebaptisée l’année des matières premières. Les prix de l’énergie, des métaux de bases et des autres ressources naturelles se sont enflammés comme une traînée de poudre. Conséquemment, le Canada, la Suède, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pour n’en nommer que quelques-uns, ont vu leurs marchés boursiers sur-performer ceux des pays où l’économie est basée sur le secteur industriel.

Voici la performance des indices principaux pour le quatrième trimestre et pour l’année 2004.

  4ième trimestre Année 2004
  Monnaie locale Dollars canadiens Monnaie locale Dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) + 6.67 % + 6.67 % + 12.48 % + 12.48 %
S&P 500 (U.S.) + 8.73 % + 3.62 % + 8.99 % + 1.01 %
Nasdaq (U.S.) + 14.69 % + 9.29 % + 8.59 % + 0.63 %
Europe (Euro) + 5.70 % + 9.78 % + 9.35 % + 9.05 %
Nikkei (Japon) + 6.15 % + 8.47 % + 7.61 % + 4.19 %

L’économie américaine, propulsée par les dépenses des consommateurs a quand même offert une bonne cuvée en dépit d’un marché de l’emploi relativement anémique. L’histoire nous a cependant enseigné que les dépenses des consommateurs ne peuvent indéfiniment croître sans être épaulées par une saine création d’emplois. Nous avons fait mention, dans notre dernière lettre trimestrielle, que nous anticipons une récession dans les prochains 12 à 24 mois. Bien qu’il soit prématuré de s’alarmer de ce pronostic, nous sommes d’avis qu’un peu de précaution ne peut faire de tort.

Le dollar canadien a connu une année sensationnelle. Il a clôturé à 0.832 $US. Nous sommes haussier sur la devise canadienne depuis quelques années. Même si nous conservons toujours notre optimisme quant à notre prévision de parité (avec le dollar US) d’ici la fin de la décennie, nous sommes toutefois d’avis que le chemin pour s’y rendre sera cahoteux. D’ailleurs, si nous considérons le degré de négativisme qui pèse sur l’évaluation de la devise américaine à cause, entre autre, du déficit de la balance commerciale et du budget ainsi que de la dette américaine, nous ne serions pas surpris de voir un renversement de tendance à court terme. En d’autres mots, une hausse surprise du dollar américain par rapport au yen, à l’euro et au dollar canadien n’est pas à exclure. Lorsque tous les économistes et autres gourous financiers s’entendent sur le même consensus dans leurs prévisions financières et spécialement dans le cas des devises, il est temps de retirer sa mise de la table car elle est rarement payante.

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Pour ceux d’entre vous qui, dans les lignes qui suivent, s’attendent à avoir un présage quelconque des marchés financiers, nous sommes désolés de devoir vous décevoir. Premièrement, nous n’avons pas de boule de cristal qui nous prédit le futur. Deuxièmement, nous pouvons déjà trouver une pluie de prévisionnistes qui nous inonde l’esprit que notre opinion ne ferait qu’alimenter cette sur-information abusive. Finalement, nous croyons que pour avoir raison quelques fois dans le domaine de la prédiction, il faut prévoir souvent. De ce fait, nous pensons faire meilleur usage de notre labeur et de notre temps à analyser de manière fondamentale les titres boursiers un après l’autre.

Ceci étant dit, nous ne partageons pas toujours l’opinion du consensus et avons quelques inquiétudes par rapport aux idées véhiculées par les médias. Nous voulons prendre quelques instants pour vous faire part de notre opinion et de nos craintes afin de vous conseiller prudence lorsqu’elle est de mise. Après tout, nous sommes payés pour nous faire du soucis à votre place.

  1. Le monde entier a les yeux rivés sur la Chine et sa forte croissance économique avec un regard révérenciel. Les investisseurs de partout se demandent comment ils peuvent embarquer dans l’engrenage afin de s’enrichir vite, vite, vite. Les marchands de fonds mutuels et de véhicules d’investissements profitent de cet engouement, qui est aussi alimenté par les différents médias, pour vous suggérer une panoplie de stratégies financières allant de l’achat direct d’actions de sociétés chinoises à l’achat de fonds de matières premières. Nous n’avons aucun doute de la place qu’occupera la Chine en tant que puissance économique au cours du siècle (nous avons dédié notre 3e lettre de cette année sur le sujet) nous voudrions rappeler aux investisseurs que :

    • La croissance économique ne se fait pas en ligne droite. Dans son périple pour devenir la superpuissance économique mondiale qu’elle est aujourd’hui, l’économie américaine a passé à travers au moins dix grands cycles boursiers lors des 120 dernières années. Il ne faut pas passer sous silence le cycle qui s’est terminé par la dépression de 1929 (alors que la bourse perdait 90% de sa valeur) ni la récession de 1974 (qui a fait chuter les indices boursiers américains de 50%). Aujourd’hui, le Japon tente toujours de se remettre de la pire contraction de son économie domestique, son marché boursier ayant perdu 75% de sa valeur depuis 1990.

    • Un atterrissage en douceur en terme économique est un ralentissement de l’activité sans avoir à sombrer dans une récession. Certains économistes très optimistes prévoient que l’économie chinoise va suivre ce tracé. Nous sommes tout à fait d’avis contraire car un atterrissage en douceur pour une économie qui a cru à un rythme effréné de plus de 10% annuellement ne s’est jamais vu. Une récession est la voie qu’utilise une économie pour se purger des excès accumulés pendant son expansion. Plus l’expansion est importante, plus l’accumulation du surcroît est considérable et plus le nettoyage est long et douloureux. La meilleure analogie est la suivante : les lendemains de veilles sont directement proportionnels à la quantité d’alcool ingurgité.

    • La plupart des entreprises chinoises listées sur le marché boursier sont toujours contrôlées par le gouvernement et la régie d’entreprise y semble n’être qu’une rumeur… Qui sait combien de bombes à la « Enron » se cachent en Chine. Tout compte fait de la faiblesse du système bancaire et du lamentable état des bilans bancaires causés par une indigestion de mauvaises créances, on se demande vraiment si les compagnies chinoises sont profitables. Ne paieriez-vous pas vos dettes si vous faisiez autant d’argent? Alors, d’où viennent tous ces prêts douteux inscrits aux bilans des banques? En poussant notre analyse un peu plus loin, nous concluons que la flambée des prix des matières premières devrait se refléter dans une certaine inflation des prix des importations américaines. Or, exception faite de l’énergie et de la nourriture, ce n’est pas le cas. Les entreprises chinoises ravalent-elles le coût renchéri des matières premières au détriment de leur profitabilité? Nous n’avons pas vraiment de réponses à ces questions mais ces feux rouges nous portent à prendre garde et à éviter ce marché. Il se peut très bien que l’objectif du gouvernement central soit le plein emploi qui se fera au préjudice d’une saine profitabilité. Lorsqu’on connaît la hantise qu’éprouve le gouvernement chinois à l’égard d’une montée en flèche du chômage, nous croyons que notre théorie n’est pas très loin de la vérité. Les émeutes chinoises ne se terminent que rarement dans la paix, vous souvenez-vous de Tian AnMen en 1989?

  1. Nous voudrions aussi porter à votre attention le succès phénoménal des fiducies de revenus et des fonds mutuels qui en sont composés. Les banques d’investissement ont profité de cette situation pour lever des sommes colossales d’argent par l’entremise de toutes sortes de véhicules financiers dont l’objectif est de verser au détenteur un revenu anormalement élevé. Comme vous pouvez en juger par la composition de vos portefeuilles, nous aimons bien les fiducies de revenus. Cependant, il ne faut pas oublier que :

    • Ces valeurs mobilières sont dérivées de l’équité des entreprises. Nous avons effectué une analyse rigoureuse de tous les titres avant d’en faire l’acquisition. De plus, ces titres ne sont en réalité que de petites capitalisations boursières qui versent un imposant dividende. D’où l’importance capitale de la diversification.

    • D’ailleurs, avec une telle popularité, nous avons peur que le secteur affiche salle comble et arrive à capacité. À la lecture du programme des Offres Publiques Initiales de nouvelles fiducies de revenus, force est de conclure que la qualité de certaines émissions laisse à désirer.

    • Contrairement aux obligations gouvernementales qui sont sujettes à un seul risque - le risque de taux d’intérêt - les unités de fiducies en contiennent plusieurs. En effet, le prix d’une fiducie pourrait dégringoler à double mesure. Premièrement, si les taux d’intérêt montent, les prix devraient fluctuer à la baisse. C’est le risque de taux d’intérêt. Deuxièmement, la hausse des taux pourrait nuire à l’entreprise au point qu’elle doive amputer sa distribution portant à deux coups avec la même pierre.

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Voici quelques citations issues du discours d’individus et de journalistes que nous croyons sages et bien informés. Elles sont tirées de nos lectures au cours de l’année. Les voici, nous espérons que vous les apprécierez autant que nous.

  1. Les commentaires de l’illustre Warren Buffet au sujet de l’achat d’une valeur de 300 millions de dollars en actions de Berkshire Hattaway par Bill Gates et son entrée au sein du conseil d’administration : “…Charlie (Munger) and I love such honest-to-good ownership. After all, who ever washes a rental car?”

  2. Un commentaire de Winston Churchill sur la fiscalité : “I contend that for a nation to try to tax itself into prosperity is like a man standing in a bucket and trying to lift himself up by the handle”.

  3. Un extrait tiré du Wall Street Journal. Il s’agit d’une citation d’un conseiller financier de American Express à l’égard des sentiments des investisseurs et du dollar américain : “…Three years ago, a lot of clients would say, “Whatever you do, don’t put any money overseas”… Now, they think it makes sense…”

  4. Jeremy Grantham, un gestionnaire de portefeuille, au sujet de son portefeuille : “…we have learned the hard way that if you take too extreme a position, even though it will be the best in the long term, you won’t have enough business left to celebrate the long term…” En d’autre mot, il veut dire que le marché peut rester irrationnel plus longtemps que l’investisseur peut tolérer une position adverse et rester solvable.

  5. Jim Rogers après un voyage en Chine : “…The country is heading for a hard landing in the next 12 months. The pullback will affect not only Chinese companies but world commodity prices as well…and when it happens, I hope I’m brave enough, smart enough, and alert enough to pick up the phone and buy a lot more commodities and a lot more China.”

L’équipe Claret