Remercions le secteur des ressources naturelles

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Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le troisième trimestre n’a pas été tendre envers les investisseurs et ce partout sauf au Canada. C’est un secret de polichinelle : à cause de l’économie canadienne qui est fortement concentrée dans les ressources naturelles, notre marché boursier a sur-performé la majorité de ses pairs internationaux depuis le début de l’année.

D’ailleurs, avec le baril de pétrole qui navigue au-dessus des 50.00 $US, l’Alberta s’est entièrement départie de sa dette. Même si les politiques draconiennes de Ralph Klein ont souvent été critiquées, il faut quand même redonner à César ce qui appartient à César, car ce dernier a fait un travail colossal à restreindre les dépenses gouvernementales tout au long de son mandat. Maintenant, les Albertains ont la liberté de dépenser leur surplus budgétaire où bon leur semble sans se barder du poids du service de la dette. Est-ce que les gouvernements canadien et québécois n’aimeraient pas être dans la même position ? La morale de cette histoire est que, même si les remèdes sont désagréables à court terme, ils guérissent les maux et maladies à long terme. La bravoure est une vertu nécessaire à une telle prise de décision. Les Albertains ont pris leur courage à deux mains et ont engagé le pas contrairement au reste du Canada qui ne l’a pas fait encore.

Voici la performance des indices principaux pour le troisième trimestre et les 9 premiers mois de l’année en cours.

  3ième trimestre 9 premiers mois
  Monnaie locale Dollars canadiens Monnaie locale Dollars canadiens
S&P/TSX (CAN) + 1.44% + 1.44% + 5.44% + 5.44%
S&P 500 (U.S.) - 2.30% - 7.55% + 0.24% - 2.52%
Nasdaq (U.S.) - 7.37% - 12.34% - 5.32% - 7.92%
Europe (Euro) - 1.13% - 4.63% + 3.46% - 0.66%
Nikkei (Japon) - 8.73% - 14.63% + 1.38% - 3.95%

Les données recensées sur l’économie nous envoient des signaux mixtes : le Produit Intérieur Brut semble vouloir poursuivre sur sa tendance mais la création d’emplois est tout au mieux, faible. En tout et partout, les risques économiques sont à la hausse. Il peut paraître très tôt dans le cycle économique pour commencer à scruter des signes avant-coureurs de récession mais la réalité économique nous porte à croire que nous pourrions en vivre une d’ici les prochains 12 à 24 mois, et si ce n’est pas plus tôt. En effet, au menu, on nous présente le fardeau de la dette des consommateurs avec un taux d’intérêt à la hausse, saucée à une flambée des coûts énergétiques et un dollar américain à la baisse. Ça ne fait pas un bon cocktail économique. Le temps est à la prudence.

À la réciproque de la faiblesse du dollar US, le huard a le vent dans … les ailes. Notre devise s’est hissée jusqu’au niveau des 0.796 $US après un bas de 0.716 $US il y a quelques mois de cela. Pour ceux d’entre vous qui entrevoient encore la performance de notre dollar avec scepticisme, il est toujours de notre avis que nous pourrions avoir la parité avec le dollar US d’ici la fin de cette décennie. Avec les ressources naturelles comme actif principal, l’offre et la demande sont finalement en notre faveur pour les années à venir et ce après 20 longues années de déflation du prix des matières premières.


Pour ceux qui ont survécu les marchés inflationnistes des années 70, l’équation qui lie directement les hausses de prix du pétrole à la dure réalité de l’inflation en est une qui est bien connue. Comment peut-on alors expliquer que la récente hausse de 150% du prix du pétrole en 3 ans ne s’est traduite qu’en une maigre inflation, soit en l’occurrence, 2% à 3% aux États-Unis au cours des 12 derniers mois? La réponse la plus simpliste est Wal-Mart. Le plus ironique est qu’on n’a pas besoin d’aller chercher des explications beaucoup plus loin! En fait, en s’approvisionnant de produits de consommation en Asie (en Chine pour être plus précis) le prépondérant détaillant appuyé par les autres grandes chaînes, ont réussi à contraindre l’inflation. Wal-Mart, si elle était considérée comme une nation, serait parmi les dix partenaires commerciaux les plus importants de la Chine.

Dans les lignes qui suivent, nous tenterons de vous expliquer les importantes répercussions que la Chine aura dans l’économie globale et comment nous gérons la venue de cet important joueur.

Au cours du dernier siècle, nous avons été habitués à l’analyse des cycles économiques, des récessions et des expansions dans un contexte de nations fortement industrialisées. Même si le Japon s’y est uni dans les années 80, les stratégistes internationaux avaient nommé ce groupe le « White Men’s Club ». Les marchés émergents, tels que les « tigres asiatiques », soit la Corée, Taiwan, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande, avaient des économies qui carburaient uniquement à la croissance des exportations. L’absence de marché domestique rendait ces pays fragiles et prédisposés aux accidents économiques. En effet, une crise financière globale s’est développée en 1997 avec la dévaluation du Baht thaïlandais. Elle s’est terminée en 1998 avec la Russie et Long Term Capital comme dernières victimes. Sur ce sujet, nous recommandons fortement la lecture du livre de Lowenstein intitulé « When genius failed ».

Pendant ce temps, la constance du RMB (la monnaie chinoise) est presque passée sous silence. La Chine, mise en position de force par la stabilité de sa devise, a fait un grand pas vers l’avant, passant, par le fait même, à un rôle de premier plan dans l’économie mondiale. Elle est devenue la plus grosse économie asiatique et la deuxième en importance pour ce qui est du commerce international. Parallèlement à son marché d’exportations, ce pays est en train de développer un marché domestique important grâce à sa classe moyenne qui est forte de 100 millions d’individus et qui affiche une croissance soutenue. Le succès chinois se veut une réussite qui n’a jamais été atteinte par aucune économie émergeante auparavant.

La Chine détient le pouvoir d’établir la politique des prix sur n’importe quels produits qu’elle veut bien exporter. Étant donné le faible coût de sa main d’œuvre, la Chine se trouve à exporter une déflation vers l’Ouest.

Par le développement rapide de son importante économie, elle se trouve aussi à établir le prix des matières premières qu’elle doit importer. Compte tenu de la faiblesse des prix des matières premières lors des vingt dernières années, l’offre additionnelle a été tenue au minimum. De ce fait, l’addition importante de la demande de matières premières en Chine crée une inflation dans les matières premières.

La Chine perturbe et restructure l’économie mondiale. Son colossal surplus commercial avec les États-Unis ne montre aucun signe d’essoufflement à court terme. Ses exportations à prix modique limitent le pouvoir de détermination des prix par les sociétés américaines. Ces dernières se trouvent donc incapables de passer les augmentations de prix des matières premières, causées par cette même Chine, à leurs clients. C’est donc pourquoi les reprises de l’économie et des profits seront plus périlleuses à cette étape-ci que dans n’importe quelle reprise de l’après-guerre.

Le facteur Chine crée beaucoup d’inconfort et même un certain danger. Les secteurs manufacturiers de l’Ouest sont en crise, licenciant des milliers d’employés et sous-traitant leur charge de travail vers des pays où la main d’œuvre est moins onéreuse.

Heureusement, les économies et leurs entreprises sont des entités dynamiques qui savent bien s’adapter à de nouveaux environnements, bien que ces changements ne se fassent pas sans tourments et ennuis à court terme. Laissez-nous vous transporter au milieu des années 80. À cette époque, nos universités prônaient le modèle japonais en le classant parmi les meilleurs modèles d’affaires et les compagnies japonaises garnissaient leurs bilans d’actifs américains. Il faut retourner aux années 90 pour constater que le déroulement de l’histoire a été tout autre.

Si un investisseur ne devait connaître qu’un seul mot asiatique, la version chinoise du mot CRISE est un incontournable. En chinois, ce mot est dérivé de deux racines : DANGER et OPPORTUNITÉ. Pendant que nous naviguons en ces eaux troubles, les sociétés bien gérées vont se détacher des moins bonnes et seront capables de tirer profit des éventualités qui feront surface. C’est aussi lors de ces périodes de DANGERS apparents que des OPPORTUNITÉS font surface, donnant ainsi aux investisseurs patients la chance d’acheter d’excellentes entreprises à des prix de pacotilles.

Lors de la sélection des titres qui composent notre portefeuille, nous appliquons notre stratégie qui est basée sur la discipline et l’analyse quantitative. De plus, nous mettons toujours l’emphase sur le choix de compagnies, qui, selon nous, savent éviter les obstacles évidents. Compétitionner avec la Chine en manufacture de produits de consommation de masse s’avère être une bataille qui est définitivement perdue d’avance.

L’équipe Claret