Survivre à ses économies…

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Après une montée euphorique dont s’est faite une fierté Donald Trump, le marché semble avoir culminé en janvier pour ensuite amorcer une phase de correction. La volatilité est certes élevée, mais pas outre mesure selon une perspective à plus long terme. Ce qui déroge de cette « normalité » est le fait que l’année 2017 n’a connu pour ainsi dire aucune volatilité.

Nous avions mentionné le trimestre dernier que le marché des actions n’était pas cher par rapport au marché obligataire. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais la hausse des taux d’intérêt deviendra un obstacle majeur au cours des mois à venir. À plus long terme, les marchés marqueront une pause, tant et aussi longtemps que les entreprises n’auront pas prouvé que la réforme fiscale et ses réductions d’impôt ont eu un effet positif sur l’économie – et sur leurs résultats. La progression des taux d’intérêt (sur l’obligation du Trésor américain de dix ans) à 2,8 % s’est répercutée sur le contexte des ratios cours/bénéfices (RCB) : le RCB sur le marché obligataire est passé de 50 à 33, celui sur le marché boursier jouait autour de 18 à 20 après la correction.

Vivre selon ses économies et la planification financière – notre avis

Alors que bon nombre de nos clients s’approchent de l’âge de la retraite, les questions concernant la planification financière se font de plus en plus fréquentes, particulièrement en ce qui a trait à leur capital et la façon dont ils pourront parvenir à le préserver pendant des années après avoir cessé de travailler. L’inquiétude est raisonnable. Comme l’affirmait madame Alicia Munnell, directrice du Centre pour la recherche sur la retraite du Boston College dès 2012, « il n’est tout simplement pas possible pour la plupart des gens de travailler pendant 30 ou 40 ans, puis de subvenir à leurs besoins à l’aide de leurs actifs pendant 20 ou 30 ans de plus, a fortiori dans les cas où le nombre d’années à la retraite dépasse le nombre d’années qu’une personne a consacré au travail. »

La réponse désinvolte à cela est que si vos dépenses restent inférieures à vos revenus, vous ne grugerez pas votre capital et vous n’aurez pas de souci sur ce point durant votre retraite. Cela peut certainement vous sembler une vérité de la Palisse, mais je vous pose la question suivante : combien pouvez-vous dépenser et ne pas survivre à votre capital?

Nous avons fait une présentation en 2014 intitulée « L’histoire se répétera-t-elle? ». Nous avons remonté jusqu’en 1914 et simulé diverses hypothèses relatives aux dépenses et à leur incidence sur un portefeuille pour chacune des périodes de 30 ans depuis 1914 (soit 70 observations). Sans vous ennuyer avec tous les détails, voici ce que nous avons découvert.

Pour un portefeuille d’un million de dollars, réparti également entre des actions et des titres à revenus fixes :

  1. Si vos dépenses totales (y compris vos impôts, parce que payer des impôts représente une vraie dépense, au cas où vous en douteriez) s’élèvent à 40 000 $ par année, indexées annuellement à l’inflation, les chances que vous épuisiez votre capital avant votre décès sont inférieures à 5 % (cela signifie que vous allez décéder et laisser une succession);
  2. Si vos dépenses sont supérieures à 40 000 $, mais inférieures à 80 000 $, les chances que vous surviviez à votre capital augmentent de façon exponentielle… tout en restant en deçà de 50 %;
  3. Si vos dépenses sont supérieures à 80 000 $, il n’y a aucun doute que votre capital diminuera au fil du temps, même si nous ne savons pas exactement quand il sera entièrement épuisé. Avec un peu de chance, juste au moment où le chèque devant servir à financer une partie de vos funérailles sera tiré dans votre compte… et refusé pour insuffisance de fonds!

Nous avons ensuite simulé diverses hypothèses relatives aux répartitions d’actif pour déterminer leur incidence sur le capital initial et voici ce que nous avons trouvé :

  • Sans une certaine proportion d’actions (c’est-à-dire 100 % des placements en titres à revenu fixe), les chances d’épuiser le capital au cours de la période de 30 ans s’élèvent à plus de 50 %;
  • Une répartition d’actions variant entre 70 % et 75 % semble idéale;
  • À moins que vous ne soyez prêt à réduire considérablement vos dépenses, la répartition des titres à revenu fixe ne devrait pas dépasser 50 % de votre portefeuille.

Pour ce qui est de la nécessité d’une planification financière, nous tenons à déboulonner quelques mythes :

  1. La plupart des planificateurs financiers offrent le service gratuitement parce qu’ils tentent de vous vendre un produit (la plupart du temps mettant en jeu un produit d’assurance parce que les commissions qui y sont associées sont les plus élevées);
  2. De nos études, nous avons retenu une ou deux choses, entre autres qu’il n’y a que deux certitudes dans la vie, soit la mort et les impôts, et que rien n’est jamais gratuit dans la vie. La plupart des gens n’ont probablement pas besoin de services de planification financière ayant recours à une planification fiscale de pointe et coûteuse. Ce qu’il vous faut est un bon comptable et un conseiller en placement compétent et bien avisé;
  3. Le fait de souscrire une assurance pour couvrir vos emprunts bancaires après votre décès revient environ à dire : « Je vais dépenser à outrance maintenant et, avec un peu de chance, quelqu’un d’autre remboursera mes dettes »;
  4. Se fier à un taux de croissance linéaire pour effectuer une planification financière est absurde puisque c’est irréaliste. La planification a davantage trait à la probabilité. Et en passant, il est très facile de faire croire à un client qu’il a suffisamment d’argent en augmentant tout simplement les hypothèses relatives aux taux de rendement. Lorsqu’il découvrira la réalité, il sera trop tard pour modifier le résultat.

Ce sont là les démarches employées par nombre de planificateurs financiers pour vendre des produits.

Pour conclure, voici nos conseils :

  • Au besoin, ayez recours à un planificateur financier qui ne vend aucun produit. Nous pouvons certainement vous aider à cet égard, alors n’hésitez pas à nous en parler. Si nous estimons qu’il vous faut une démarche plus élaborée, nous vous aiguillerons vers un professionnel dans ce domaine, dont les honoraires seront facturés à l’heure ou par rapport.
  • Les lois fiscales évoluent tellement que l’achat d’assurances ne devrait pas faire partie de votre planification, surtout si c’est pour profiter de certaines échappatoires fiscales, l’utilisation envisagée de bien des produits d’assurance.
  • Si vous avez « hypothéqué » l’héritage que vous comptiez laisser à votre famille et à vos proches (c’est-à-dire si vous êtes encore endetté au moment de votre retraite, mais que vous n’avez pas prévu comment rembourser ces dettes), il est bien possible que votre seule option soit l’assurance, un choix très coûteux, qui immobilise le montant total en dollars, mais pas le coût si vous vivez plus longtemps que prévu. Vous pourriez souscrire une police que vous ne pourrez pas vous permettre de conserver jusqu’à votre décès, donc l’argent que vous dépenserez sera gaspillé. L’assurance est destinée à des fins très précises. Par définition, elle sert à vous protéger contre un événement imprévu et potentiellement désastreux. Y avoir recours dans le cadre d’une stratégie de croissance semble contradictoire. Elle ne devrait jamais servir à financer votre mode de vie.

La gestion de vos retraits de comptes dont nous avons la responsabilité

En ce qui concerne les retraits de votre compte, il vous faut savoir que chaque fois que vous retirez des fonds d’un compte de placements, nous devons vendre certains placements pour rééquilibrer ce compte. Plus le retrait est important, plus il faudra prévoir du temps pour le rééquilibrage. Par conséquent, si vous prévoyez faire un retrait important, vous devriez songer à nous le faire savoir d’avance (de préférence entre trois et six mois plutôt que la veille).

Votre compte de placements ne doit pas être perçu ou utilisé comme un compte bancaire. En effet, puisque la performance du marché est imprévisible à court terme (jusqu’à deux ou trois ans), vous pourriez devoir vendre vos placements au pire d’une correction pour toucher vos fonds.

Pour nous, les placements sont envisagés dans une perspective à long terme (conservés pour une période d’au moins cinq ans). En théorie, s’il vous faut des fonds durant une telle période, vous devriez nous en glisser un mot pour que nous puissions prévoir en conséquence (soit investir à hauteur de la somme dont vous aurez besoin dans des placements à court terme).

S’il est trop élevé (par exemple s’il dépasse largement le revenu dégagé), votre retrait compromettra le taux de croissance de votre capital et réduira vos revenus futurs, empirant la situation éventuelle.

L’équipe Claret