Tout ce que vous vouliez savoir sur le risque mais aviez peur de demander

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Tout ce que vous vouliez savoir sur le risque mais aviez peur de demander

Les marchés boursiers ont été plutôt neutres au cours du dernier trimestre. L’évènement qui a attiré le plus d’attention est évidemment le défaut de paiement de la Grèce. Étouffé par le poids d’une gigantesque dette de 451 milliards d’Euros qui est due à ses partenaires de la zone euro, le gouvernement grec a surpris la communauté financière en quittant la table de négociation brusquement, le temps de procéder à un référendum. Le gouvernement à toute fin pratique a demandé à ses citoyens s’ils voulaient rembourser leurs créditeurs ou non. Surprise! La population grecque a voté de ne pas honorer ses obligations. De plus, depuis son indépendance, il y a environ 187 ans, la Grèce a fait défaut sur ses obligations financières 5 fois. Pour renchérir, depuis son indépendance de l’empire Ottoman, la Grèce a passé près de la moitié de ces 187 ans en état de défaut de paiement ce qui a coupé son accès aux marchés des capitaux internationaux. Il est fort à parier que les ponts seront coupés de nouveau dans un futur proche.

On connait bien le proverbe : « Dupe-moi une fois, honte à toi. Dupe-moi deux fois, honte à moi.» Mais qu’en est-il de « Dupe-moi cinq fois…»???

Les membres de l’union européenne auraient dû étudier le poème épique du grand poète latin Virgile, écrit il y a plus de 2000 ans : « Timeo Danaos et dona ferentes », qui pourrait se traduire en français de la façon suivante : « Je crains les Danéens (Grecs) même ceux qui apportent des cadeaux. »

Le marché ne semble pas s’inquiéter outre mesure si la Grèce devait demeurer ou non dans la zone euro. En fait, lorsqu’on ajoute un peu de perspective à la situation, on comprend que la Grèce est un pays relativement petit avec une population de 11 millions d’habitants et un PIB de $ 283 milliards soit à peine 1.6% de l’économie européenne qui se chiffre à $ 17.6 trillions.

En réalité, le principal risque de cette débâcle se situe au niveau de l’écho qui pourrait résulter du traitement spécial attribué à la dette grecque vis-à-vis les autres membres de l’euro qui ont connu des difficultés : une restructuration de la dette de la Grèce permet de réduire le montant dû pour que les déboursés futurs soient plus facilement gérables. Quel message tireront l’Irlande et le Portugal qui ont payé le plein prix d’une rigide austérité qui leur a été imposée par ces mêmes institutions? C’est donc tout un précédent que créeraient la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et la Commission européenne.

Parlant d’austérité, voici une citation de Winston Churchill sur l’austérité :

Un peu de perspective sur l’historique des unions monétaires…

Au cours des deux derniers siècles, plusieurs pays européens ont tenté de justifier la valeur d’unions monétaires sans succès.

Voici quelques exemples :

  • 1865 – 1927 : Union monétaire latine (France, Belgique, Italie, Suisse et Grèce)
  • 1870 – 1924 : Union monétaire scandinave (Suède, Danemark et Norvège)
  • 1922 – 1972 : Union monétaire Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg)
  • 1972 – 1979 : Serpent monétaire européen (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie et Luxembourg)
  • 1979 :             Création de l’Unité monétaire européenne
  • 1999 – ? :       Euro

On a dit de l’histoire qu’elle ne se répète pas mais on peut tout de même dire qu’elle se ressemble !

 

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Puisque le S&P 500 a progressé de plus de 200% depuis son niveau déprécié atteint en 2009, nous croyons qu’il est approprié de revisiter les notions de risques d’investissement pour que nos clients comprennent mieux ce avec quoi nous devons jongler continuellement pour s’assurer de bien accomplir notre devoir de gérer votre argent prudemment.

QUE VEUT DIRE LE RISQUE POUR NOUS (CLARET)

Les chercheurs académiques et les experts de la finance ont incité les investisseurs à croire que la volatilité est le principal risque de la finance, probablement puisque cette dernière peut être mesurée par la mathématique statistique. La réalité est cependant toute autre. La volatilité est une bien piètre définition du risque d’investissement. Notre expérience nous porte à croire que les investisseurs ne craignent pas les fluctuations. Ce qui les hante est plutôt la possibilité de subir une perte permanente de leur capital.

Une fluctuation adverse de la valeur d’un portefeuille se veut, par définition, temporaire. Bien que désagréable, une réduction momentanée n’est pas dommageable pour l’investisseur s’il peut tenir le coup jusqu’à la reprise. Une perte sèche est, par contre, irréversible. Nous pouvons surmonter l’impact de la volatilité mais la perte permanente est dévastatrice.

La problématique avec le concept de la perte permanente c’est que, puisqu’elle n’est pas quantifiable, elle n’est donc pas mesurable. La probabilité de la perte, comme la probabilité qu’il pleuve, ne peut qu’être estimée.

COMMENT FAIRE FACE À L’INCONNU

Nous croyons fermement qu’il est impossible de prédire le futur avec quelconque degré de consistance puisqu’il est influencé par une myriade de facteurs et une infinité d’évènements aléatoires. Pourtant, l’investissement requiert que nous positionnions le portefeuille pour des développements futurs.

Pour faire face à l’imprévisibilité, nous aimerions mettre l’accent sur les deux points suivants :

  1. Bien qu’il nous soit impossible de connaître les évènements du futur, nous pouvons avoir une bonne idée des éventualités possibles et des probabilités qu’ils se réalisent. Nous devons donc être en mesure de trouver des idées d’investissements qui offrent une distribution de rendements espérés asymétriques. En d’autres mots, le rendement potentiel doit supplanter le risque d’insuccès par une marge importante.
  2. On doit comprendre l’énorme différence entre la possibilité qu’un évènement survienne et un résultat certain. Des choses improbables se produisent et des évènements forts probables ne se matérialisent pas. La probabilité est un concept fort différent de la certitude.

LA POSSIBILITÉ D’UNE PERTE PERMANENTE DE CAPITAL N’EST PAS L’UNIQUE RISQUE

Le risque peut se manifester sous différentes formes : le risque de crédit, le risque de concentration, le risque de liquidité, le levier financier, le risque de financement, etc. Bien qu’ils NE puissent PAS être éliminés complètement, la plupart des risques peuvent être contrôlés avec une bonne dose de discipline et de connaissances. Nous aimerions souligner les deux risques suivants puisqu’ils ont un impact considérable sur le comportement de la plupart des investisseurs :

Le risque de manquer de fonds : Bien souvent, les investisseurs investissent pour financer un projet de retraite. Ils doivent donc bâtir un patrimoine qui servira à compenser l’absence du revenu d’emploi durant les années de retraite. Avec un environnement de taux d’intérêt si faibles, il existe une réelle probabilité d’être à court de fonds. Le rentier doit alors couper significativement son train de vie pour ne pas manquer d’argent

Le risque de manquer des opportunités : Si un investisseur se laisse abattre par la morosité qui sévit lors des creux boursiers et qu’il décide de quitter le navire pendant la tempête, il risque de manquer l’opportunité de participer à la remontée. Comme ce fut le cas en 2009, nombreux sont les investisseurs qui, par crainte de subir de plus importantes pertes ont liquidé leur portefeuille en entier. Ces derniers ont non seulement cristallisé une perte de valeur mais ont en plus, manqué l’opportunité de participer à l’une des plus importantes remontées lors des six dernières années.

LA SITUATION DANS SON ENSEMBLE

En tant que gestionnaires de portefeuilles, nous devons absolument différencier la notion du contrôle du risque de celle de l’évitement du risque. Bien qu’il soit d’une importance capitale que nous contrôlions le risque encouru, il est aussi inapproprié pour un gestionnaire d’éviter le risque puisque cela se traduit en l’absence de rendement.

Pour bien comprendre comment incorporer une dose appropriée de risque dans le processus de gestion, nous devons bien comprendre les caractéristiques qui définissent le risque :

  1. Le risque est contre-intuitif :
    • Les périodes de marchés les plus risquées se déroulent lorsque les investisseurs croient qu’il y en a peu ou pas;
    • Lorsque la peur est généralisée parmi les participants de marchés, cela peut avoir l’effet contraire et diminuer le risque d’investir;
    • Tout étant égal par ailleurs, lorsque le prix d’un actif diminue, il devient moins risqué;
    • Tout étant égal par ailleurs, un actif qui gagne en valeur devient plus risqué;
    • L’ajout de quelques éléments risqués dans un portefeuille ne le rend pas nécessairement plus risqué. Cela peut au contraire diminuer le risque potentiel du portefeuille grâce à une meilleure diversification.
  2. Le sentiment d’aversion au risque des participants rend les marchés plus sécures et plus raisonnables :
    • Lorsque les investisseurs démontrent une conscience accrue aux risques potentiels, le prix des actifs tend à s’approcher de leurs valeurs fondamentales réelles;
    • Lorsque les investisseurs sont enflammés par l’euphorie et un appétit gourmand pour les actifs à hauts risques, la possibilité de perte augmente. La bulle techno est l’exemple par excellence. Les investisseurs, saoulés par l’appât du gain, se sont mis à croire au Père Noël…

En somme, les risques de perte sont faibles lorsque l’aversion au risque est soutenue et les risques sont importants lorsqu’elle se dissipe.

  • Le risque est souvent caché, sournois et trompeur : certains titres boursiers, rancis par de mauvaises caractéristiques fondamentales peuvent continuer à s’apprécier pendant longtemps. Cela crée un faux sentiment de sureté jusqu’à ce que tout foute le camp lorsque survient un évènement négatif qui enclenche une spirale vers le bas. La chute qui s’ensuit peut être brutale, spectaculaire et très rapide. Il s’agit de penser à Nortel et à Enron pour mieux comprendre.
  • Le risque s’affiche sous plusieurs facettes et est difficile à négocier. Il n’existe pas de formule magique qui peut réduire le concept de risque en une seule expression mathématique. En fait, les différents aspects peuvent parfois se chevaucher et avoir un impact multiplicateur sur le risque. Ils peuvent aussi se contredire et en atténuer l’impact sur les portefeuilles.
  • La tâche de gestion du risque doit être exécutée constamment, nonobstant les conditions en cours. On ne doit pas s’en occuper sporadiquement. Cet exercice est la responsabilité de tous les participants du processus d’investissement. On doit y appliquer expérience, jugement et connaissances.

Nous aimerions conclure par une remarque du célèbre partenaire de Warren Buffet, Monsieur Charlie Munger, sur l’investissement en général : « Ce n’est pas supposé être facile. Ceux qui trouvent que c’est facile sont stupides. » Bien sûr, cette citation s’applique aussi à la gestion du risque. Le seul fait de croire que le contrôle du risque est une tâche facile est outrageusement pernicieux puisque cela crée un excès de confiance qui peut faire faire toutes sortes d’âneries même aux investisseurs qui sont habituellement circonspects. Une bonne dose d’humilité et de modestie est nécessaire pour accepter qu’il nous soit impossible de tout connaître. Voilà un bon départ dans l’apprentissage du contrôle du risque.

Alors que se déroule la saga de la Grèce et que les marchés financiers chinois s’écroulent, nous sommes d’avis que le contrôle du risque est plus important que d’habitude étant donné que :

  • Les taux d’intérêts sont à zéro ou très près de l’être ;
  • Les capitaux migrent vers les actifs plus risqués à la recherche de rendements supérieurs ;
  • De plus en plus d’entreprises font des appels à l’épargne publique et trouvent preneurs même à des multiples qui nous semblent très élevés.

Warren Buffet semble frapper dans le mille lorsqu’il stipule que : « Plus les autres participants délaissent la prudence dans la gestion de leurs affaires, plus nous devons agir avec prudence dans la gestion des nôtres. »

 

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Nous aimerions aussi vous laisser savoir que le gouvernement fédéral a augmenté les droits de contributions CÉLI à $ 10,000 par année. Si vous voulez maximiser à nouveau votre contribution selon les nouvelles normes, nous vous invitons à communiquer avec nous et il nous fera plaisir de s’occuper de cela pour vous. Si vous n’avez toujours pas de CÉLI, vous devriez sérieusement penser à en établir un puisque c’est le seul véritable cadeau fiscal du gouvernement qui vient sans condition.

Nous vous souhaitons un bel été.

L’équipe Claret