UN CASSE-TÊTE PANDÉMIQUE (BIS)

Lettre Trimestrielle

Fidèle à sa nature, le marché continue à escalader un mur sillonné d’inquiétudes : licenciements, fermetures, deuxième vague de COVID-19, Trump c. Biden, guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis… La liste d’inquiétudes est longue, et nous pourrions facilement nous étendre sur le sujet, mais évitons cela.

À l’approche du jour des élections américaines (le 3 novembre 2020), nous sentons le degré d’anxiété croître chez de nombreux clients, pour différentes raisons : certains s’inquiètent des tendances socialistes des démocrates, c’est-à-dire des augmentations d’impôts, de l’accroissement de la taille de l’État et d’une réglementation accrue; d’autres s’inquiètent de la possibilité que le monde doit faire face à quatre autres années de guerres commerciales et autres stratégies de querelles internationales conçues par Donald Trump.

Pour mettre les choses en perspective, nous avons décidé de regarder 120 ans en arrière, utilisant le Dow Jones comme indicateur. Voici donc quelques statistiques :

  • Si vous aviez investi 10 000 $ en l’an 1900 et n’étiez resté investi que lorsque le président était républicain, votre placement vaudrait aujourd’hui 99 000 $;
  • En revanche, si vous aviez fait la même chose, mais uniquement lorsque le président était démocrate, votre placement vaudrait 430 000 $ aujourd’hui;
  • Aussi évident que cela puisse paraître, vous devez savoir que si vous aviez investi le même montant en 1900 et étiez resté investi sur toute la période jusqu’à aujourd’hui, votre placement de 10 000 $ vaudrait 4,2 millions de dollars.

Ce qui nous amène à penser: À quoi bon se SOUCIER DE SAVOIR QUEL PARTI OCCUPE LA PRÉSIDENCE?

Comme d’habitude, il y a des mensonges, de sacrés mensonges et des statistiques.

La vigueur du marché boursier est-elle déconnectée de la dure réalité économique des licenciements et des faillites?

De nombreux commentaires ont été écrits sur ce casse-tête. La réalité est plutôt que la bourse et l’économie sont deux entités distinctes et qu’elles évoluent parfois dans des directions opposées. Cela est particulièrement observable vers la fin d’une récession, alors que les licenciements se poursuivent et que les bénéfices des entreprises continuent de baisser et que le marché boursier commence à remonter la pente, anticipant déjà le retour de périodes économiques plus favorables.

En outre, le confinement provoqué par la pandémie a touché de manière disproportionnée certains secteurs comme les hôtels, les restaurants, les loisirs et les compagnies aériennes – des pans de l’économie où les licenciements et les mises à pied ont été considérables. Ces secteurs sont sous-représentés dans les marchés financiers et dans les principaux indices que suivent la plupart des investisseurs. Comme nous l’avons mentionné dans la dernière lettre trimestrielle, si l’on exclut les poids lourds suivants : Facebook, Amazon, Netflix, Microsoft, Apple et Google, le S&P 494 aurait reculé de 11,3 % au cours des six premiers mois de 2020.

Ne sous-estimez pas le pouvoir de la planche à billets et des déficits budgétaires, surtout lorsque ces outils sont déployés à l’échelle mondiale.

Au cours des trois premiers mois de la pandémie, la Réserve fédérale américaine a émis 3 000 milliards de dollars US, et le gouvernement américain a dépensé 3 000 milliards de dollars US en aides d’urgence pour soutenir l’économie et le peuple américain. Le Canada a pris des mesures similaires, proportionnellement à la taille de son économie. Ces dollars nouvellement tirés se sont retrouvés sur les marchés financiers et ont fait grimper le prix des actifs. Il est étonnant de constater que même le gouvernement allemand, qui se veut ferme et prudent, parle des avantages des déficits budgétaires. Nous assistons à un moment charnière remarquable, où une politique monétaire audacieuse est combinée à l’énorme fonds de relance européen.

Existe-t-il un précédent quant à l’orientation que prend la Fed en matière de politique monétaire?

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est exactement ce que la Réserve fédérale américaine a fait dans les années 1940, lorsque les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale et se sont endettés massivement en cours de route.

Malgré la situation financière désespérée du pays après la Grande Dépression des années 1930, les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale en 1942, à la suite de l’attaque de Pearl Harbor. Le gouvernement s’est mis à emprunter sans compter pour financer les efforts de guerre. À la fin de la guerre en 1945, la dette fédérale en pourcentage du PIB était passée de 39 % à 116 %. Devinez qui achetait la dette? La Réserve fédérale, en augmentant de 10 fois son bilan. De surcroît, la Fed a également plafonné les taux d’intérêt à court terme à 0,375 %, et ceux à long terme à 2,5 %. En parallèle, alors que l’inflation grimpait, les taux d’intérêt réels (soit le taux d’intérêt nominal moins l’inflation) sont passés de positifs à négatifs. En fait, le gouvernement vous remboursait avec des dollars dévalués. Et voilà une des façons pour le gouvernement de se désendetter!

Pour ceux qui suivent les événements qui se sont déroulés pendant cette pandémie, le scénario ci-dessus illustre assez bien où nous nous trouvons et où nous pourrions nous diriger. La question a toujours été de savoir combien le gouvernement peut emprunter avant que cela ne devienne un problème. Nous ne le savons pas, et en examinant la situation au Japon, nous pouvons comprendre pourquoi : en 1984, la dette publique japonaise en pourcentage du PIB était d’environ 65 %. Elle s’élève aujourd’hui à 236 %. Pourtant, le yen s’est apprécié par rapport à presque toutes les grandes devises, et l’économie japonaise est anémique, mais pas en déclin par rapport à celle d’autres pays développés.

Conditions du marché et alternatives stratégiques

Comme nous l’avons expliqué au premier trimestre de 2019, la performance des marchés financiers est fortement liée au niveau des taux d’intérêt. Alors que les taux ont été à la baisse – parfois de manière précipitée et parfois progressivement – au cours des 38 dernières années (depuis 1982), les marchés des actions et des titres à revenu fixe ont enregistré de très bons résultats grâce à :

  • La croissance économique, stimulée par la baisse des taux d’intérêt, qui rend l’achat d’une maison ou d’une voiture moins chère, laissant aux consommateurs un revenu disponible plus important. Les charges d’intérêts des entreprises ont également diminué, réduisant le coût des nouvelles usines ou chaînes de production;
  • Une augmentation de la valorisation de toutes les catégories d’actifs (augmentation du ratio cours/bénéfice des actions, donc hausse du cours des actions, des obligations à long terme, de l’immobilier, etc.).

Malheureusement, comme les taux sont aujourd’hui cantonnés dans une plage beaucoup plus basse, les perspectives de rendement sont également beaucoup plus faibles dans l’absolu puisque toutes les catégories d’actifs sont intrinsèquement liées. Les investisseurs passent d’une catégorie d’actif à l’autre en quête de meilleurs rendements et, à ce titre, réajustent tous les rendements par rapport aux taux d’intérêt des obligations d’État.

Comme les taux d’intérêt bas sont désormais une réalité pour un avenir prévisible, ce contexte financier a créé les perspectives de rendement les plus faibles de l’histoire, toutes catégories d’actifs confondues. Quelles sont les possibilités stratégiques pour les investisseurs dans ce nouvel environnement?

Lorsque l’incertitude est grande, le prix des actifs devrait être plus faible, entraînant ainsi des perspectives de rendements élevées pour compenser le contexte de risque plus élevé. Or, les interventions et la politique de la Fed ont poussé les valorisations à la hausse (mais pas aux extrêmes, surtout si les taux d’intérêt restent bas). Par conséquent, les marchés pourraient être vulnérables aux mauvaises surprises. Dans de telles circonstances, il nous semble opportun d’adopter une position plus défensive – c’est-à-dire de prévoir une position en liquidités plus élevée que la normale – tout en nous appuyant sur notre analyse fondamentale pour rechercher des occasions particulières dans des segments moins bien suivis par Wall Street et Bay Street.

L'équipe Claret